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À Pierre-Marie.

par Lilou 29 Juillet 2019, 00:33 Souvenirs

À Pierre-Marie.

- Pierre-Marie !

Tard dans la nuit, Maya s’est brusquement assise dans son lit. Perdue, elle a mis un moment avant de réaliser le caractère inespéré de cette fulgurance.

*   *   *

Les parents de Mathilde avaient dû déménager à cause d’une mutation de son père à la fin de leur année de seconde. Un véritable crève-cœur pour elle et Maya qui ne concevaient pas d’être séparées. C’était une époque où le téléphone était filaire et les lettres, courantes.

Comprenant la tristesse de leur fille et surtout désireux de la laisser poursuivre ses études dans ce lycée renommé, les parents de Mathilde avaient fini par accepter l’idée d’un appartement. Après tout, elle avait bien travaillé cette année-là et son année de retard du collège la menait sur ses 18 ans.

Mathilde et Maya n’avaient pas trahi cette confiance, dès le mois de septembre : si elles s’amusaient beaucoup, elles travaillaient autant. Il leur importait de montrer à leurs parents qu’elles étaient sérieuses pour que ceux de Mathilde ne regrettent pas cet appartement et que ceux de Maya la laissent régulièrement dormir chez son amie.

La trilogie amours, amis, emmerdes occupait une grande place dans leurs discussions. C’était une époque où elles bossaient leurs cours en écoutant « Max et Jenny », les soirs, à la radio. Le programme était écouté par la plupart des ados, même tard le soir, écouteurs sur les oreilles pour ne pas alerter les parents – ça va, il dort.

Mathilde avait un rire sonore communicatif. Un véritable rayon de soleil. Une fille d’un milieu assez aisé qui faisait découvrir plein de choses à Maya, tout juste sortie de la campagne et encore mal à l’aise avec certains usages de la ville.

Elle était audacieuse, Mathilde. Sa Mama. Un soir, le sujet de Max et Jenny lui avait plu : le coup de foudre. Elle avait appelé la radio et été choisie pour témoigner : le standard devait la rappeler. Les filles étaient surexcitées par cette attente et avaient tout préparé : Maya allait immortaliser ce moment en l’enregistrant sur cassette.

Une petite demi-heure : voilà le temps que Mathilde avait passé avec Max et Jenny à raconter une histoire de coup de foudre, inventée de toutes pièces. Maya se félicitait d’avoir sacrifié la face B d’un enregistrement de Madonna. Cela valait le coup : elles l’écouteraient avec beaucoup de plaisir quand elles seraient vieilles…

*   *   *

Pierre-Marie… Comment diable ce prénom est-il venu à l’esprit de Maya, elle n’en a pas la moindre idée. Vingt-trois ans plus tard, il est là, sûr, clair. Elle se souvient de ce bout de papier que Mathilde lui avait fait passer en philo, en terminale : elle allait être grande sœur. Elle l’entend distinctement annoncer, joyeuse, la naissance de son petit frère, Pierre-Marie. Elle se rappelle aussi qu’il n’avait que deux ans quand cet accident de voiture avait eu lieu. Et qu’il l’avait réclamée quand elle était entre la vie et la mort. Et qu’il avait brusquement cessé de l’appeler quand elle avait quitté ce monde.

Maya ne connaissait pas la famille. Elle avait appris le drame par hasard, en appelant une amie commune, de retour de vacances. Maya avait tapé le plat de sa main à plusieurs reprises sur son armoire. Longtemps. Jusqu’à ce que la douleur soit plus forte que le reste.

*   *   *

Pierre-Marie. Elle en est sûre. En quelques clics, elle l’a retrouvé. Elle a ce précieux enregistrement qu’elle conserve comme un trésor. Qu’on lui vole n’importe quoi chez elle, pourvu qu’on lui laisse cette précieuse bande. Un jour, elle se l’était promis, elle la remettrait à son petit frère.

Voilà, Pierre-Marie. Je ne savais pas comment faire autrement... Je suis là.

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