Euphémismes
Crime passionnel, drame conjugal, tragédie familiale, disparition tragique, violence domestique,
Crime passionnel, drame conjugal, tragédie familiale, disparition tragique, violence domestique, coup de folie....
Maya fulmine lorsque les médias annoncent la mort d'une femme assassinée par son mari. L'euphémisme est toujours de rigueur. On minimise, on masque, on tourne autour du pot, on glisse sous le tapis.
Uxoricide. Pénétrons dans le vif du sujet en prenant la bonne entrée du dictionnaire. Pourquoi ne l'utilise-t-on pas, ce mot ? Le suffixe serait-il trop... violent ? Trop proche de mots... plus graves ? Infanticide. Génocide. Sans rapport? Donnerait-on dans le mélodrame en usant de ce mot pour quelques cas isolés ?
Le regard de Maya parcours le journal et tombe sur ce nombre : 70. Soixante-dix uxoricides depuis le début de l'année. Le soixante-dixième. On fête le 70e. 68, 69, 70...qui dit mieux ? Comme une frise macabre, l'article est encadré de cette liste de soixante-dix femmes. Il y a des prénoms suivis de l'initiale du nom. Il y a des initiales pour les noms et prénoms. Des X., beaucoup. Et la ville. Mortes anonymes dans une ville connue.
Maya se saisit de son cahier. Elle écrit en capitales ce mot qui fait mal : uxoricide. Un mot sur des maux.
