Le blues du dimanche soir.

Publié le par Lilou

Le blues du dimanche soir.
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Un nouveau 33 tours gardé pour l'occasion. Un cake au chocolat. Un nouveau thé, pour changer. Une bougie au parfum envoûtant. Et même une improbable fête. Des fêtes. Défaite. Maya a tout essayé mais c'est toujours lui le vainqueur. Fichu blues du dimanche soir.

Il se présente déjà à sa porte à 16h30. Sonne, sonne, sonne. Tant qu'elle ne lui ouvrira pas la porte, il lui cassera les oreilles.

Elle feint ne pas l'entendre. Elle l'ignore avec superbe. Elle sourit, même. Vaine provocation. Il lui entortille ses intestins. Jette un hideux voile morose sur ses épaules. Distille quelques gouttes d'angoisse - oh, trois fois rien, juste pour le fun - dans son thé. Et souffle sur la bougie.

Dans la pénombre silencieuse, Maya se souvient. Le dimanche soir, fin d'un heureux week-end à jouer des heures et des heures dans les champs. Sa mère s'asseyait sur un petit tabouret et entreprenait le nettoyage des chaussures. Douce odeur du cirage qui ne rendait pas pourtant ce moment plus doux.  Parfois, elle pouvait regarder exceptionnellement un dernier dessin animé mais même ça, ça ne la détendait pas.

Bizarrement, le lundi matin, si elle était incapable de prendre un petit-déjeuner, elle était heureuse de retrouver ses copains à l'école. Et aujourd'hui, si c'est encore le ventre vide qu'elle arrive à son école, elle est heureuse dès qu'elle débute son cours.

Les pires dimanches soirs sont ceux de novembre. Son historienne de sœur lui suggère d'adopter le calendrier républicain. Rictus. Thermidor, elle ne connaît guère que le 9 thermidor. Elle fait semblant de s'y intéresser de près pour délaisser le Blues - il finirait par voir ailleurs. Janvier, février... Nivôse, pluviôse... Mycose morose. Pléonasme. Et mars, tiens! Germinal. Génial. Le calendrier républicain lui donne encore moins le moral. Voyons sa date de naissance... Thermidor. Terminal. Terminus tout'l'monde dehors !

Maya jette un dernier œil navré à son écran. Elle éteint son ordinateur. Il va falloir se traîner jusqu'au lit. Inutile de se cacher sous la couette. Vain de mettre en boule. Illusoire de respirer profondément. Bien installé dans son rocking chair, le Blues ricane doucement en observant ces rituels de pacotille. 

Qu'importe. Demain, à la première heure, dès que les nœuds de son estomac ne seront plus, dès qu'elle aura retrouvé le sourire, elle prendra le temps de déposer une cène de fleurs sur le corps encore chaud du Blues du dimanche soir...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Expérience, Souvenirs

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