Pour quelques aiguilles...
Nee, ich gehe nicht weg. Ich bleibe zu Hause.
Le pied sur une marche pour lacer plus facilement sa chaussure, la mine renfrognée, Martin l'avait décidé : il ne partira pas. Il resterait à la maison.
En d'autres circonstances, le spectacle de son têtu de père qui se préparait à partir en décrétant qu'il n'irait nulle part eut fait sourire Élise. Mais ce n'était pas le moment : il fallait préparer quelques affaires pour toute la famille, rassembler les papiers et prendre de quoi manger. En partant, elle avait surpris un dernier regard furtif du Vater sur la grande maison à colombages. Puis il avait froncé les sourcils et s'était réfugié dans un silence protecteur.
En cette première année de guerre, Hitler voulait ardemment récupérer son Alsace. Les nazis arrivaient, les bombardements étaient annoncés obligeant les habitants de Steinseltz à partir.
Nee, ich gehe nicht weg. Ich bleibe zu Hause.
Tout le monde avait ces mots dans le cœur en laissant derrière lui le petit village. Et ils résonnaient encore dans leur tête en arrivant à Azat-le-Ris. Haute-Vienne.
Contre tout attente, ces Jaja étaient décidément bien sympathiques. Et ça, c'était pas gagné. Pour les habitants d'Azat, l'Alsace, c'est un peu l'Allemagne, les souvenirs de la dernière guerre. Et puis l'alsacien qu'ils parlent tous, c'est un peu de l'allemand, finalement. Mais au fil des jours, ils ont appris à s'apprivoiser après s'être longuement observés. Les Alsaciens, reconnaissants et très policés remerciait tout le temps et acceptait volontiers les travaux qui leur étaient proposés. Ja, ja !!! Le surnom s'était imposé comme une évidence. Un clin d'œil...
Les premières neiges étaient vite arrivée et un voile de tristesse avait assombri le beau visage d'Élise, d'ordinaire si rayonnant. Marie, la fille aînée de la famille qui les hébergeait avait mis cela sur le compte du mal du pays. La jeune Alsacienne souffla doucement Tannenbaum. Marie découvrit ainsi une tradition alsacienne : le sapin de Noël que l'on décorait de boules et de guirlandes. Et la couronne de l'Avent, faite avec des branches du sapin. Et cette agréable odeur dans la maisonnée. Raconter ces souvenirs avait redonné quelques instants le sourire à Élise. Les souvenirs, ça tient chaud, l'hiver.
C'était quelques jours avant Noël. Élise s'était réveillée tôt ce matin-là. Elle avait pris l'habitude de s'activer pour ne plus trop penser à son Alsace. Elle s'était habillée chaudement pendant que Vater prenait son café, avait ouvert la porte et s'était soudain figée, incapable d'avancer. Elle avait poussé un petit cri de surprise. Le froid glacial entrait dans la maison par la porte grande ouverte : Elise ! Tur zu ! Et comme Élise ne répondait pas, son père se leva. Il s'approcha de la porte et fut saisi de stupéfaction par ce spectacle qui s'offrait à sa fille : devant eux se tenait debout, fièrement un petit pin que des habitants d'Azat avaient coupé hier et malicieusement apporté devant leur porte ce matin. Et c'est ainsi que les habitants d'Azat avaient pu ajouter à leur dictionnaire franco-alsacien Froh Weihnachten.
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