Maya voit jaune.
- On n'est pas bien, là?
Le déjeuner touche à sa fin et déjà Maya pense à la journée interminable qui l'attend. Habituée depuis toujours aux listes, les fameuses ''to-do lists'', et surtout habituée à cette frustration de ne jamais en voir l'achèvement, parfois, elle songe à la satisfaction qu'elle en concevrait d'en arriver au bout... parce que plus courtes, moins herculéennes.
Nicolas la raccompagne gaiement au portail. Il est comme ça : d'une humeur constamment joviale. Pour l'encourager, il lui demande de fermer les yeux en riant. Maya s'exécute en pensant à l'araignée qu'ils ont vue tout à l'heure dans le jardin.
- Je te préviens, pas de bestiole !
Elle sent des chatouillis dans son cou qui la font bondir. Nicolas rit, lorsqu'elle ouvre les yeux et le découvre avec une fleur de pissenlit dans la main :
- C'est pour voir si tu aimes le beurre !
- Je vois que tu n'as pas grandi à la campagne ! Ce n'est pas avec les pissenlits qu'on fait ça mais avec les boutons d'or.
Ils traversent la rue, descendent dans le jardin de Maya et elle lui présente une petite fleur jaune, rescapée de la première tonte printanière.
- C'était un jeu entre copains. Il fallait bien s'occuper, à la campagne, entre des parties de ballon, des fabrications de cabanes et des pique-nique. On se demandait : ''tu aimes le beurre?" Et on plaçait la fleur sous le menton. S'il y avait un reflet jaune, cela voulait dire qu'on aimait le beurre.
Après la longue journée, constatant que sa to-do list n'est pas terminée, Maya va faire un tour dans le jardin. Il est 19 heures, l'heure d'aller dormir...
Maya remonte chez elle chercher son portable. À son retour, déjà, la belle s'est endormie. Elle se cache de la lumière, se referme dans ses pétales délicats.
Cette fleur des champs ne trouve guère grâce aux yeux des gens: elle ne fait pas le poids à côté des magnifiques lys, des nobles roses, des coquettes tulipes. Elle ne tient pas debout, fièrement, une fois cueillie. L'arum la regarde de haut. La marguerite, pourtant plus fragile et courte sur tige, s’enorgueillit de l'intérêt que lui prêtent les amoureux et la toise. Seule, une fleur daigne venir à son chevet: le chrysanthème.
Elle est, telle une lointaine parente, oubliée par les siens. Les enfants qui font leurs premiers pas dans les jardins en titubant, la démarche mal assurée, l'adorent. Mais en grandissant, ils l'oublient: ces petites cousines pauvres ne sont plus regardées. Pire, elles sont piétinée. Tondues.
Après le dîner, elle ne peut s'empêcher de retourner la voir, endormie dans son élégante robe ensoleillée. La grâce...
Maya ne se lasse pas de ce beau spectacle. D'ailleurs, au petit matin, tasse de café à la main, elle se rend dans le jardin. La belle est encore toute ensommeillée.






