Monsieur Pivot, nous vous attendons!
À l'heure où l’on parle de raboter les niches fiscales* , où l’on montre du doigt les commissions d'harmonisation des notes qui permettent de si brillants résultats au baccalauréat, j'entends Yves Calvi, dans Mots Croisés :
"Juste je vous informe que..."
Un Boggle qu'on aurait secoué. Public, à toi de remettre les mots dans l'ordre.
"Ou pas"
C’est effectivement ce qu’on me répondra avec un rictus moqueur.
Voilà: une vague de tics de langage en chasse une autre.Il y a dix ans, tout était TROP : trop beau/chaud/bon/chou/sympa/drôle/nul/sexy... Au point qu'on pouvait se demander comment faire pour y remédier: enlaidir? rafraîchir? brûler? grimacer? moquer? exceller? ou...?
Le TROP est mort, vive le TROP. Non mécontent de polluer nos écrans avec des séries policières à perte de vue, voilà que débarque le JUST - américain I suppose. Désormais, c'est JUSTE beau/chaud/bon/chou/sympa/drôle/nul/sexy. Avec la tête penchée sur le côté, comme après une lobotomie, le pouce et l'index réunis, rythmant la phrase, grossièrement découpée:
Il - est - juste - trop - sex-y!
Je vous demande pardon? Le TROP fait son... come b... son retour? C'est juste trop fort...
Yves Calvi vient de dire que la crise a IMPACTÉ sur... la maîtrise de la langue française? Bernard Pivot, par pitié, revenez avant qu'il ne soit trop tard pour nous!

* Avec un rabot, on travaille un relief. La niche étant une cavité, même au sens figuré (elle met à l'abri, protège...), il semble difficile de la raboter... Sauf avis contraire d'un menuisier. Et d'un huissier. Et d'un expert en psychiatrie.