L'aire et la chanson.
Cela fait maintenant deux heures que Maya roule vers les vacances. Cent vingt minutes : le temps réglementaire avant la première pause. Au-delà des recommandations de la sécurité routière, c'est avant tout l'occasion pour elle de se livrer à ses petits rituels de passage au temps du farniente.
Le temple où elle va prononcer ses vœux, ceux d'oisiveté, de voracité et de frivolité se dresse devant elle. Enlever le mode travail nécessite une première purification qui commence ici : l'aire d'autoroute, de préférence bruyante, chère, surpeuplée. Avec des fumeurs pour l'ambiance, des files d'attente à perte de vue aux toilettes des dames, des poubelles débordant de joyeusetés, le tableau est idyllique.
Direction : rayon bonbons. Ces cochonneries ont leur vertu, n'en déplaise aux obsédés des calories. Les vendre 5 fois plus cher qu'ailleurs leur confère un statut de saint Graal auquel on ne saurait résister. Ils permettent à Maya d'entrer en communion avec elle-même. Ils sont l'interdit, l'acte transgressif par excellence. Suivez le lapin et il vous mènera au pays des merveilles. Il vous mènera surtout aux maux d'estomac, vous le savez bien mais c'est plus fort que vous.
De tous les rituels, l'achat du café est sans doute le plus saugrenu... Le distributeur n'a rien à envier à un bandit manchot : il clignote de tous les côtés, offre un large choix de boissons prometteuses et propose des animations pendant que le café coule. Pour la modique somme de 3€50. Ainsi se paient la qualité et l'authenticité.
Maya vient grossir la masse bêlante devant l'abreuvoir. Elle le choisit, rallongé. Voulez-vous plus de café pour 40 centimes supplémentaires ? Désirez-vous un peu de lait pour 30 centimes ? Appuyez ici pour un café sans sucre. Elle n'a pas lu. Ni appuyé. Elle déteste le café sucré. Elle se retourne et, en éphémère chef de file, pose un regard condescendant sur ceux qui attendent encore. Des losers. Tout ça pour un espresso dans sa plus humble présentation.
Maya saisit le gobelet et sort. Sur le capot de la voiture gît le paquet de bonbons éventrés. Elle ferme les yeux, hume le café un moment, le boit et le découvre, sucré. Immonde sensation d'avaler un éclair au café tombé dans un verre d'eau et passé au mixer. Pas grave : ce gobelet en carton est un must have. Elle boit une seconde gorgée. Et le jette.
La gorge irritée et l'estomac encombré, la voilà prête pour les vacances. Autentica qualità.
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