Toutes et tous les mêmes?
Quelle est donc la morale de ces histoires ? Méfiez-vous des collègues dont vous ne devriez rien avoir à craindre ? Hasard ou non, il y a de quoi se demander si ce n’est pas là une nouvelle « mode »… En tout cas, rien n’est jamais acquis : « amour toujours », ne rime que sur le papier voire dans les contes de fées dont on nous a gavés dans notre enfance. D’un coup, Maya réalise qu’elle en a lu, des histoires de princes et de princesses, toute petite. Serait-il venu, le moment de voir enfin la réalité en face ?
Tout en se parlant à elle-même, navrée, elle se dirige vers sa voiture. Son visage s’éclaire soudain devant un spectacle inattendu, juste devant elle. D’un pas tranquille, un couple d’octogénaires marche, main dans la main. Cela fait vraiment du bien aux yeux, c’est même réconfortant : ceux-là doivent être ensemble depuis des dizaines d’années et, à les observer, les outrages du temps semblent les avoir épargnés. Comme soucieuse d’avoir une preuve que le bonheur existe, Maya saisit son téléphone et prend furtivement un cliché de ces amoureux.
La photographie était vraiment belle : on les aperçoit, de dos, se donnant tendrement la main. Sourire de satisfaction aux lèvres, elle avance jusqu’à leur hauteur et, en les voyant de prêt, ne peut s’empêcher de laisser parler sa spontanéité :
- Si je puis me permettre, je trouve que vous êtes un merveilleux spectacle qui illumine la journée de ceux qui ont la chance de vous croiser. Vous êtes si beaux, tous les deux !
Il est des jours où Maya ferait mieux de brider cette fameuse spontanéité. La petite dame, si charmante lève la tête :
- Eh bien! Cela faisait longtemps que je n’avais entendu pareille ineptie !
Abasourdie, Maya reste pantoise. Le petit vieux, contre toute attente, vient à son aide :
- Louise, voyons…
Mais il n’a guère le temps de poursuivre car son épouse le coupe immédiatement :
- Evidemment ! Dès qu’il y a des jeunes filles, tu ne peux pas t’empêcher de jouer les beaux parleurs ! Jusqu’au bout, tu n’auras pas jamais su t’en empêcher ! Ah, mademoiselle ! Ne vous fiez pas aux apparences : ils sont tous pareils, qu’ils vous tiennent la main ou non, qu’ils soient jeunes et fringants ou courbés et tremblotants ! Quelle naïveté !
Maya ouvre la bouche, les regarde un instant puis se ravise. Ils ne se donnent pas la main, non, non. En réalité, elle lui tient la main, comme on le ferait pour un enfant qui serait tenté de traverser la route sans regarder pour rattraper un ballon. Il n’a pas un sourire charmant, non, non. C’est plutôt un sourire charmeur. Ainsi, ce tableau du bonheur conjugal, au départ si idyllique, n’est qu’une grossière copie ! Elle soupire, tourne les talons et se met à réfléchir à ce qu’elle va pouvoir dire à ceux qui, déjà, n’y croient plus…