La dragueuse des supermarchés (partie 1)
Incroyable Maya, loin de se contenter de regarder "Sex and the City", d'admirer le culot de ses héroïnes lorsqu'il est question de draguer les mâles d'égale à égal, elle a décidé de rivaliser d'ingéniosité pour courir les pantalons. Simplement voilà, il ne s'agit pas seulement d'imiter, encore faut-il avoir l'étoffe de ces femmes libérées...
En écoutant cette chanson de Dutronc, elle avait trouvé son terrain de chasse: le grand supermarché du coin. Sans se fixer de délai particulier, elle s'était contentée d'ouvrir les yeux: avant même d'entrer dans le supermarché, elle l'avait trouvé. A la station essence, elle pestait parce que le client avant elle mettait un temps fou à payer, ce qui l'empêchait de se servir. Jusqu'à ce qu'elle aperçoive un magnifique gars, à la pompe d'à côté. Grand, bien foutu, blond, avec ce détail qui lui plut: il avait pris une serviette en papier mise à la disposition des clients, pour ne pas se salir les mains. Leurs regards ne s'étaient pas croisés: il s'était servi, avait soigneusement refermé le bouchon et démarré, plutôt rapidement.
- Dommage, soupira-t-elle, si je l'avais croisé dans un rayon, je ne l'aurais pas manqué!
Alors qu'elle poussait le caddie plein de provisions, au détour du rayon "condiments" elle heurta, aussi improbable que cela puisse paraître, le gars de la station essence. Pour une surprise! Cette fois, elle ne se pria pour lui adresser un regard, des plus évocateurs. Il la regarda un moment - j'insiste, l'air de rien, cinq secondes, c'est parfois long - et poursuivit son chemin. Digne d'une scène de cinéma. Comme quoi, les râleurs qui disent toujours, pendant une projection, que ces choses n'arrivent qu'au ciné, ils feraient mieux de sortir un peu...
C'est là que Maya se rendit compte qu'il y a toujours un fossé, un gouffre, entre ce qu'elle se promettait parfois de faire, et sa réaction lorsqu'elle se retrouvait au pied du mur. Elle n'avait pas le talent, ni le cran de lui dire quoi que ce soit. Longtemps, elle tourna en rond avec son caddie, sans regarder les produits, les yeux perdus dans le vague, à la recherche d'un plan d'attaque. Rien ne lui vint à l'esprit.
A la caisse, elle regardait distraitement l'allée, dans l'espoir de le voir arriver. Mais c'était vain. En désespoir de cause, Maya s'en alla dans la parfumerie d'en face: lorsqu'elle était contrariée, elle compensait souvent par un achat. Elle sentait les parfums, un à un. Sourcils froncés, elle semblait si irascible qu'aucune vendeuse ne se risqua à lui proposer de l'aide... Elle s'apprêtait à partir lorsqu'elle aperçut, à une caisse devant elle, précisément celle où elle était passée, le magnifique homme responsable de son humeur.
Maya savait parfois se montrer spontanée, très spontanée: elle prit une languette en carton, y vaporisa le parfum pour homme qu'elle avait senti et écrivit:
- Désolée, je n'ai pas pu résister!
Son numéro de portable précédait bien sûr le message. Elle avait attendu un moment avant de se lancer. En fait, elle cherchait un signe encourageant: un sourire qu'il aurait adressé à la caissière, qui lui aurait donné une allure sympathique et gentille, prêt à recevoir ce genre de message. Rien. Il n'avait l'air ni gentil, ni méchant. Rien d'encourageant. Ni de décourageant: elle s'en alla donc vers lui, d'un pas qui se voulait décidé. Il rangeait ses courses dans un sac, quand elle y glissa la fameuse languette parfumée:
- Tenez, je trouve que cela sent très bon, lui a-t-elle dit, presque enjouée.
Quelques instants plus tard, dans sa voiture, avant de s'en aller, elle savourait sa toute petite victoire, victoire sur elle-même, c'est entendu. Elle passa ensuite voir l'une de ses amies un peu plus tard, pour lui raconter son histoire. Café en mains, elle était sur le point d'ouvrir la bouche quand son portable la coupa : un numéro ne figurant pas dans son répertoire s'était affiché. Sans réfléchir, elle donna son téléphone à son amie avec quelques consignes:
- Je suis partie de chez toi il y a quelques instants et je l'ai oublié. Je reviendrai le chercher plus tard, ok?
Son amie ne pas chercha pas à comprendre. Il faut dire qu'elle était habituée aux élucubrations de Maya. Sans mot dire, elle décrocha.
Leur échange avait semblé durer une éternité. Aussi, dès qu'il prit fin, Maya s'enquit:
- Alors?
- Qu'est-ce que tu as fait? Raconte-moi d'abord ton nouveau délire. Je te ferai mon bilan ensuite.
Docile, Maya obeït au chantage, rapidement, le plus rapidement possible: elle voulait absolument savoir ce qu'ils s'étaient dit.
Il connaissait son prénom. Impossible! Maya était quasiment certaine de ne pas avoir signé le billet. Dans sa précipitation, elle l'avait sans doute oublié. En tout cas, elle apprit enfin ce qu'elle voulait: il avait semblé déçu de ne pas l'avoir eue au téléphone, avait apprécié le geste, dit qu'il essayerait de la recontacter dans la soirée et demandé si son numéro s'était bien affiché sur son portable...
- Ouaw, digne d'un épisode de "Sex and the city"... Mais là, ce n'est que le début de l'intrigue!
En fin de journée, comme convenu, il l'avait rappelée. Comme elle était à son travail - et lui, au sien - ils convinrent de se recontacter le lendemain...
Hélas, je ne vois Maya que ce soir, pour la suite de ses aventures, dont elle m'a garanti la primeur et surtout l'exclusivité. Aussi dois-je m'arrêter ici. Comme s'était écrit quand j'étais petite à la fin d'un épisode: