La dragueuse des supermarchés (partie 3)
15 heures. L’arrivée imminente de celui qu’elle avait tant convoité au supermarché aurait normalement dû la mettre sans dessus-dessous. Mais d’autres préoccupations avaient pris le pas sur ses angoisses : ainsi, ce fameux Serge savait où elle habitait. Ce mystère tombait à point nommé puisque Maya était désormais pressée de voir son invité. La gêne - théoriquement inhérente à ce genre de situation - avait laissé place à une curiosité qui la dévorait. Dix minutes restaient encore avant son arrivée. Dix longues et interminables minutes : voilà qui lui laissait le temps d’imaginer tous les scénarii du monde.
La tête ailleurs, elle lavait les tasses à café du matin, en regardant par la fenêtre. Une voiture venait de s’arrêter devant la maison de ses voisins. Tout juste pouvait-elle apercevoir la couleur. Hélas, ce n’était pas celle de la station essence. Mais c’était bien lui qui en sortait : elle l’aurait reconnu entre mille. Fringuant, il portait un blouson en cuir qui le mettait largement en valeur.
- Il n’a pas besoin de ça pour plaire, s’était-elle d’ailleurs surprise à penser.
Elle profitait de ce moment comme jamais elle ne l’aurait espéré : aucune boule à l’estomac ne lui gâchait son plaisir. Il était pile à l’heure et ça, elle appréciait. Vite, elle alla dans son séjour pour voir si c’était présentable. Elle avait déjà enlevé toute la paperasse sur laquelle elle travaillait, un impressionnant monticule qui ne rendait pas bien. Tout semblait correct.
15h40. Mais… il est où, au juste ? Personne n'avait sonné ni même toqué à la porte. Persuadée qu’il avait fini par lâcher l’affaire, dans un sursaut de bon sens, Maya jeta l’éponge. Son tas de paperasses revenu à sa place initiale, elle décida de se faire un café pour reprendre son travail - et ses esprits. La cafetière coulait, laissant échapper une délicieuse odeur. Aussi délicieuse que ce qu’elle aperçut soudain, dehors, dans son allée : enfin, il revenait !
* * * * *
Croyez-le ou non, ce paragraphe n’annonce rien de nouveau. Alors, oui, elle l’avait vu passer devant chez elle. Oui, plus tard, il avait descendu son allée. Non, elle n’avait pas rêvé. Et pourtant, il n’était toujours pas là. Que s’était-il passé, elle n’en avait pas la moindre idée. Peut-être était-il allé au café, en bas de sa rue, histoire de la faire patienter ? Ou alors avait-il changé d’avis ? Ou… ? Décidément, ce week end se passait sous le signe de la spéculation.
Lasse de se morfondre, Maya me donna un coup de fil pour me tenir au courant des non-événements. Elle était déçue, c’était certain. Nous bavardions depuis un moment quand elle s’exclama :
- Bon sang, il m’a laissé un mot !
Tout en parlant, elle avait ouvert sa porte d’entrée pour y déposer ses baskets. Ca l’énervait tant qu’elle s’était décidée à ne plus l’attendre et à courir pour se changer les idées, comme à son habitude.
- « Je t’ai attendue jusqu’à 15h30. As-tu changé d’avis ? Si non, appelle-moi. A bientôt, Serge. » Mais c’est quoi ce cirque ?
A n’y rien comprendre. Certainement un quiproquo. Dans un dernier effort, elle lui a envoyé un message disant qu’ils n’avaient pas dû se comprendre et qu’elle était toujours chez elle. Jusqu’à 18h30.
Les conversations de nanas, c’est spécial, avouez-le. Nous avons décortiqué cette histoire à dormir debout pendant près d’une heure. Toutes les suppositions possibles et inimaginables furent émises. De la plus tangible à la plus farfelue. En attendant, il fallait se rendre à l’évidence : il avait beau donner l’impression de s'impliquer, il n’en demeurait pas moins absent. Elle m'appelait de son fixe afin de laisser sa ligne disponible. Et c'était bien vu: la sonnerie de son portable la fit soudain bondir. [need your help : push "play"]
- Bon sang, c’est lui ! J'y crois pas! Bouge pas Lilou ! Hem… Allo ? Oui… C’est bien ce que je pensais, on a dû mal se comprendre. Oui, je suis chez moi … Comment ça vous m’entendez ? Ah, un instant, j’arrive !
(à part) Bon sang, il est devant ma porte d'entrée, j'y crois pas!
[…] Bonjour ! Et bien entrez, je vous en prie ! Euh… vous permettez, j’étais au téléphone…
Assister à ce genre de scène en direct, c’est mille fois mieux qu’au cinéma, je vous le garantis. Trop mimi ! Comme dans les films, je vous dis !
En attendant, elle m’a vite dit au revoir. Et j’ai dû patienter. Comme vous.