Sunday morning
Les quelques clients de la boulangerie sont encore ensommeillés. Certains semblent être passés directement de la couette à la voiture : cheveux en pétards des minots, joggings enfilés à la hâte des parents débordés, chaussons des petits vieux sont légion. Bâillements qu'on ne se donne plus la peine de retenir.
Pourtant, Maya savoure le dimanche matin. Tout le monde est trop tanné pour parler fort, s'énerver, rire bruyamment. Les voitures sont peu nombreuses. On prend son temps. On ralentit, le dimanche matin, ça fait du bien.
Dans le bureau de tabac du village, elle parcours la presse, lit les gros titres, fouille pour faire son choix. Sur le chemin de la caisse, elle attrape le journal et échange quelques mots avec le buraliste. Une petite dame entre. Son pot de fleurs est tombé dans les escaliers. Les bourrasques de vent de cette nuit ont fait des dégâts. Maya lui montre en retour la une de L'Est Républicain. La pluie et le beau temps, on a beau dire ça crée du lien.
La douceur du dimanche matin, c'est un parfum particulier. Un mélange de pain encore tiède, de café fumant et de journal. La petite cuillère qui tinte dans la tasse. C'est un bruit particulier. Des échanges à voix basse. Le couteau qui coupe le pain. Les pages du journal qu'on tourne doucement
On savoure. On savoure de tout ses yeux, son nez, ses papilles. On savoure... juste avant l'inévitable, l'increvable, l'infernal blues du dimanche soir.
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