Qu'à sa tête.

Publié le par Lilou

Qu'à sa tête.
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Quelques gouttes d'eau tiède coulent sur sa tête, roulent sur ses joues, se rejoignent sur son menton pour glisser sur ses seins et terminer à bout de souffle sur ses cuisses. Elle presse le flacon, dépose un peu de produit dans le creux de sa main. Une noisette, le luxe.

C'est une nouvelle sensation. Elle ne s'est pas encore habituée à cette impression bizarrement exquise de caresser un chat mouillé. Ses longs doigts, si fins, ne se perdent désormais plus dans la jungle de ses cheveux.

Il y a deux jours, sans hésitation, elle avait levé son menton insolent face aux convenances. Son regard était déterminé. Coupez. Et sa nouvelle coiffeuse, choisie pour la réputation de son écoute, s'était exécutée. Elle avait pris le temps, on ne savait jamais. Et lorsqu'elle avait jugée que c'était désormais irréversible, elle avait sorti la tondeuse. Peut-être était-ce une impression, Maya sentait les caresses de l'air sur son crâne. 

D'aucuns diront qu'adopter une coupe ultra courte, demander à la coiffeuse de terminer la nuque à la tondeuse ne relève pas de l'exploit. Que ce n'est pas un challenge. C'est oublier que la femme rend docilement des comptes toute sa vie. Ce fameux droit de regard sur ses mains potelées d'enfant, son regard effarouché d'ado, ses rondeurs de jeune femme, ses courbes de maîtresse, son allure de quinqua, son regard d'Aînée. Et surtout, ses cheveux, à tout âge. 

Satisfaites. Ses amies étaient satisfaites. En réaction à la coupe qu'arbore Maya ce soir, elles racontent tour à tour leur envie de se couper les cheveux avant de se heurter au refus catégorique de monsieur. Difficile de comprendre cette satisfaction. La levée de boucliers devant les ciseaux traduirait-elle dans leur inconscient une précieuse marque d'attention de leur moitié ? Envisageable. En tout cas, ce qui ne l'était pas, c'était de choisir le destin de leur tête. Des cheveux longs jusqu'à la taille coupés de dix centimètres ont scandalisé l'un, un carré long a traumatisé l'autre... Et quand un autre de ces spécimens a voulu remonter le niveau, ce fut pour complimenter l'audacieuse Maya et sa coupe canon et audacieuse qui avait du style mais (ça sentait le mais à des kilomètres à la ronde) mais pas sur Aurélie. Et ladite Aurélie de glousser. 

- Bordel, les filles ! 

Maya a gentiment tapé du poing sur la table. Si elle n'est pas de celles qui passent en coup de vent dans la salle de bain le matin, non, elle avait décidé qu'il était grand temps de se faciliter la vie tout en demeurant présentable. Passer son temps à les attacher, les détacher, les laver, les démêler, les sécher, les coiffer, les soigner n'est pas une sinécure... 

- Eh bien, si cela vous plaît tant que ça, messieurs, faites-vous plaisir : à vous les cheveux longs ! Faites vivre la naïade qui sommeille en vous ! Jolies nymphes en devenir, ne vous retenez plus ! Sus à la frustration, Samson ! Que le spectacle commence !

Mais de spectacle elle ne veut point, c'est du brut qu'elle se nourrit. À quoi sert un cadre quand le tableau à lui seul la transporte ? Maya sourit.

- Y'a du dessert ?

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