... complètement à la rue !
Rictus aux lèvres, sourcils froncés, Maya met ce dernier papier en boule, devant la poubelle. Ses gestes se font lents, comme pour apprécier chaque seconde de ce moment. Elle plie ses genoux, lève ses talons du sol, puis sa main au niveau de sa tête. Hop, trois points. Trois points mais pas un spectateur pour frimer. La même loi que pour les créneaux en voiture.
La boulette a disparu dans la gueule béante. Le moment est grisant, réjouissant, excitant, émouvant. Las, hélas, trois fois hélas cette extase est de courte durée : seule dans la rue, elle vient d'être repérée. Cela devait arriver. Deux silhouettes menaçantes se dirigent droit vers elle. Les caméras. Il y en a partout, dans les rues.
Cette époque fait penser à ces films sur l’Occupation qu’elle regardait, enfant. Elle a appris Ausweiss, bitte avec toutes ces scènes de gestapistes-contrôleurs de train poursuivant des résistants livides. Triste lexique... Il est tant de jolis mots de la langue allemande qu’elle aurait préféré apprendre avant !
Elle fait mine de ne pas les voir. Il faut dire qu’on n'est que vendredi. Pire dans la nuit du vendredi au samedi : elle n'a rien à faire dehors. Elle craint maintenant d'être rappelée à l'ordre. Il fallait y penser avant, ma p’tit dame.
Ne pas les froisser, même si elle rêve de les mettre en boule, eux aussi. Maya décide de ne pas prendre ce risque : elle allonge le pas et s’engouffre dans un autre chemin. Elle presse le pas, emprunte un escalier, salvateur. Les semer. Elle cherche ses clés. Diable, voilà si longtemps qu’elle ne s’en occupe plus. Première sommation. Le trousseau se planque, misère ! Deuxième sommation. Maya ne les entend plus
Elle ne répond pas lorsqu'il
cette ruelle me semble pas mal, vite, dépêchez-vous, ne vous retourne pas. va les semer et se diriger vers le week-end. Sans se retourner..
