Monsieur Ali.

Publié le par Lilou

Monsieur Ali.
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Parmi tous ces voisins, Maya a une tendresse toute particulière pour Monsieur Ali. Un jardin les sépare mais ils ne manquent jamais de se saluer au loin, par la fenêtre, le balcon, la terrasse... 

Quand les fenêtres commencent à s'ouvrir par ces beaux jours, des notes de son violon s'échappent et volent jusqu'à ses oreilles. C'est un petit plaisir qui arrive avec le printemps, le chant des oiseaux et les premiers rayons de soleil. 

Un touche à tout, voilà comment elle le définirait. Un touche à tout qui n'étale pas toutes les cordes de son arc déjà bien fourni. Elle les découvre, au fur et à mesure de leurs bavardages. S'il admet n'avoir jamais voyagé, il ouvre en grand ses yeux pour observer tout ce que la région recèle de trésors.

Depuis trois semaines, Maya s'organise bon an mal an pour télétravailler le plus efficacement possible. Pas une fois, elle n'a mis le nez dehors. Lorsqu'elle parvient enfin à éteindre son ordinateur, il est trop tard pour sortir un peu dans le jardin. Tout juste prend-elle le temps de chercher quelques herbes pour le repas du soir.

Maya a cœurà prendre des nouvelles de son voisinage. Avec son voisin d'en face, ils ont pris l'habitude de se retrouver de temps en temps en s'écrivant: ''Café sur le muret ?" Alors, ils se rejoignent au muret de Nicolas. Lui reste à bonne distance sur sa petite table où il fume habituellement ses clopes. Maya traverse la route, tasse de café à la main. De joyeux bavardages qui font du bien.

La veille, Maya a lancé une invitation à Monsieur Ali en commentaire sur Instagram: nous prendrons le café ensemble ! Après tout, il serait grand temps que ce réseau social joue pleinement son rôle. En bas de chez eux, il y a un petit ruisseau. Le rendez-vous était donné : Monsieur Ali passerait par là et ils se retrouveraient dans le jardin. ''J'apporterai ma chaise!" avait-il pris le temps de préciser. 

À 14 heures, Monsieur Ali est arrivé par le jardin, côté ruisseau. Avec sa chaise. Maya venait de se servir une tasse de café. Par réflexe, elle a sorti une deuxième tasse. Et puis elle s'est ravisée: ça gâche un peu le moment mais après tout, les règles sont les règles. 

- Tu me rassures, parce que j'étais un peu gêné à l'idée que tu me proposes une tasse de café ! 

Finalement, Monsieur Ali y avait pensé aussi. Mieux valait rire pour faire disparaitre cet embarras. Un peu plus tard est arrivé Nicolas, avec son tabouret. Puis la mère de Maya.  La gazon est assez vaste pour que tout le monde se tienne à une distance respectable de son prochain.

Ils ont parlé, ils ont ri, se sont coupé la parole, ont plaisanté. Comme avant. 

Et puis est venu un moment improvisé qui a ravi Maya. Monsieur Ali écrit de la poésie, modestement (à chaque fois, lorsqu'il parle de choses qu'il aime faire, il précise que c'est modestement). Il a sorti quelques feuillets pliés en quatre de sa poche et a lu un joli texte écrit ce matin, à son retour de la ferme du village voisin. Il n'a pas eu de mal à recevoir toute notre attention.

C'est une jolie mise en scène, naturelle : il était assis sur sa chaise, dans l'herbe, à côté du mirabellier, à l'ombre d'un grand sapin, sous un ciel bleu, avec les chants des oiseaux qui l'accompagnaient. 

Et les mots les prenaient tous les trois par la main et les emmenaient devant cette magnifique ferme. Sans connaître l'intérieur de la bâtisse, il pouvait se l'imaginer, dans ses odeurs, ses couleurs, ses bruits. Cela a été un très bel instant de poésie improvisé. 

Puis, ils ont repris leurs discussions, bavardant encore une heure. Et enfin, chacun a saisi sa chaise, et s'en est allé, léger. 

En passant devant le miroir de l'entrée, Maya s'est rendu compte qu'elle avait pris le soleil : le bout du nez et les épaules avaient pris de bonnes couleurs. Les batteries sont rechargées pour cette nouvelle semaine qui arrive...

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