Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Haut et court !

par Lilou 21 Août 2019, 18:11 Cas particulier

Haut et court !

Devant le miroir, Maya passe sa main dans les cheveux et s’empare d’une mèche sur le sommet de son crâne. De l’autre main, elle mime des ciseaux œuvrant gaiement. Un café pour attendre, puis un shampooing, un massage du cuir chevelu, sans trop de blabla, sans musique, sans le bruit horripilant de dix sèche-cheveux : la pause déjeuner est vraiment le moment idéal pour un moment de calme. Voilà trois semaines qu’elle attend impatiemment pour se débarrasser de ses tifs. Le coiffeur lui adresse un sourire de connivence :

- Haut et court, c’est cela ?

Maya répond à ce qu’il voudrait comme un trait d’humour par un rictus poli. Haut et court… Pas de bol, il est tombé sur une cliente qui voue un véritable culte à Badinter. Il serait mieux inspiré de changer de conversation mais…

- Vous savez d’où vient cette expression ? Eh bien, à l’époque bénite où les condamnations à mort étaient publiques. Vous verrez, le soin fera le plus grand bien à vos cheveux.

Oui. Il a bien dit bénite. Sans gêne, sans complexe, spontanément, avec presque une pointe de joie dans la voix. Il poursuit, avec un affreux sourire :

- Oui, on considérait alors que la pendaison devait servir d’exemple. Et pour que le spectacle soit vu du plus grand nombre, la pendaison se faisait sur la branche la plus haute d’un arbre. Et puisque cette vermine ne méritait pas d’inutiles dépenses, on les pendait court, avec peu de corde. C’est cher, la corde, vous savez ? Vos cheveux, je les coupe court, court, court ?  

L'affreux acrobate passe avec d'une aisance déconcertante de l'horreur à la futilité. Elle l’observe en train de s’affairer autour de sa tête. Il prend ses cheveux, les coupe avec précision. Il y a comme de la délectation dans ses gestes. Pour sûr, dans une autre vie, ce riche chasseur de prime aura fait fortune dans le Dakota du sud, à raison de 200$ par scalp. Mieux vaut ne pas réveiller la bête qui sommeille en lui: elle aurait vite réglé son compte à cette squaw, fut-elle une cliente .

- Moi, je suis pour la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Les violeurs d’enfants, ils méritent la peine de mort. Je vous mets du gel ?

Pour une fois, Maya est ravie de n’entendre qu’un mot sur deux. Le sèche-cheveux couvre efficacement ses inepties et aide Maya à garder la tête froide. Le désir de le traîner jusqu’aux bacs à shampooing et lui mettre la tête sous un robinet d’eau froide (c’est bon et pour les cheveux et pour la circulation du sang) se fait de plus en plus grand.

- En plus, aujourd’hui, avec toutes les technologies, on ne peut plus faire d’erreur. Alors il ne faut pas hésiter. Je serais juré... Oh, dites, vous bénéficiez de 25% de remise !

Maya voit rouge. Elle tape le code de sa carte bleue et alors qu’il s’approche dangereusement d’elle, elle fixe sa chevelure impeccable. Comme si quelque chose la dérangeait, au point de vouloir l’enlever... Alors qu’il est occupé à tenir le terminal, Maya tend ses mains vers sa tête et, d’un geste rapide et sec, arrache un cheveu. Le coiffeur pousse un petit cri de surprise, de douleur, de je ne sais quoi, puis il reste pantois, la regarde, ébahi.

- 4%. Vous savez ce que ça représente ? Le nombre minimum d’erreurs constatées aux États-Unis. Après exécution, bien sûr. Ce soir, je vais mettre votre cheveu sur le corps de mon voisin dont on retrouvera le cadavre demain. Alors un conseil : ne passez pas la soirée seul, histoire d’avoir un bon alibi.

 

Dans la rue, Maya sort son smartphone. Elle tape quatre mots. The next to die. Et découvre le macabre compte à rebours...

 

Haut et court !
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page