Pétocharde

Publié le par Lilou

Pétocharde
Publicité

C'était le bruit d'un balai qui tombe par terre. Maya en est sûre. Elle en mettrait sa main à couper, bien qu'elle ait surtout peur pour sa peau en ce moment même. 

Quelle drôle d'idée de travailler sur ces affaires d'homicides en pleine nuit, venteuse de surcroît, quand on est pétocharde comme elle ! Le mot n'est pas élégant mais a le mérite de bien présenter le personnage. À cause de ce fichu balai, l’imagination de Maya, véritable machine de guerre, vient de se mettre en branle.

D'un geste très lent, elle tire sur le cordon pour lever les volets. Elle a éteint les lumières : dehors, le guetteur ne doit pas s'apercevoir qu'elle les a repérés. Mais elle ne découvre aucune voiture suspecte. Il se sera garé plus haut dans la rue.

Sur la pointe des pieds, retenant son souffle, Maya se dirige vers le salon. Elle se saisit d'une chaise au dossier très haut et la déplace dans le couloir, jusqu'à la porte qui donne sur l'escalier. Elle la tient précautionneusement, mais la cogne brièvement contre un mur. La peur de Maya décuple le bruit : elle est repérée et doit agir vite. Elle place la chaise contre le mur du couloir et la bascule contre l’autre de façon à la coincer sous la clenche de la porte qui mène à l’escalier. S'ils essayaient d'entrer, il y aurait un tel raffut qu’elle aurait le temps de sauter par la fenêtre. Ou de se cacher sous son lit ?

Maya a regagné sa couette. Dans le noir, elle devine sa bibliothèque. La pousser contre la porte de sa chambre garantirait sa sécurité. Mais ce serait très bruyant. Aurait-elle le temps d’agir avant qu’alarmés par ce brouhaha, ils ne se décident à monter à l’étage ? Combien de temps la porte serait-elle bloquée par la chaise ?

Le cœur de Maya bat à tout rompre. Sa respiration est difficile et son estomac est noué. Elle regrette de ne pas avoir de chien. Comme toutes les personnes qui ne veulent pas d'animaux sauf le soir, et seulement celui-là, où elles entendent un bruit suspect chez elles.

Il est une heure et demie du matin. Le cœur de Maya bat un peu moins vite, mais le bruit du balai résonne encore dans son esprit. Elle est trop lasse pour continuer l’écriture de son texte.

Ses paupières sont lourdes. Et les cambrioleurs... Ma foi, elle vous les a signalés. À vous de prendre le relais.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article