Le choix des maux
Les yeux brillent, les bras sont levés, poings fermés en signe de victoire. La folie caractéristique des supporters heureux anime ces gens de tous âges qui sautent et chantent gaiement :
« On a gagné ! On a gagné ! »
Quand Maya assiste à ce genre de scènes, elle ne peut s’empêcher de sourire et de se réjouir de ces manifestations de joie. Cela lui rappelle sans doute ses propres bonheurs de supportrice et la replonge dans ces ambiances folles où l’euphorie est reine.
Une fois n’est pas coutume, ces cris de victoires ne l'atteignent pas. Ces bras en l’air qui dansent, ces selfies, ces sourires, ces visages radieux, cette foule en liesse et, pire, cet homme qui se saisit du micro, comme possédé, pour hurler leur victoire devant les caméras des médias… Perplexité, tristesse, dégoût, désarroi et amertume bouillent dans les tréfonds de Maya.
Et puis, il y a eu ce mot de trop. Ce mot qui n’aura plus jamais le même écho. Ce mot positif, cette ode à la vie, à l’espoir, à l’esprit sportif, au bonheur, vient d’être souillé. Maya comprend ce chagrin d’une mère qui ne veut pas abandonner son enfant. Mais, soudain, cette image de la Pietà qu’elle avait toujours à l’esprit quand était évoquée cette affaire s’est brisée. Ces gens qui se disent obsédés par Vincent Lambert, qui ne veulent pas l’abandonner, sont soulagés. En parlant de remontada, cette obsession s’est mue en obscénité.
