Bloody Maya
Cela faisait quelques jours que Maya avait planifié cette matinée. Tout était réglé comme du papier à musique : il fallait agir vite, efficacement et surtout ne laisser aucune trace.
Elle avait décidé de n'en parler ni à son frère, ni à sa sœur. Elle ne souhaitait pas les mêler à cette histoire et estimait que cela avait été son choix personnel. Il était hors de question de mouiller toute la fratrie dans cette histoire.
Pour éviter d'en mettre partout, elle s'était vêtue de noir. Elle avait calculé l'heure à laquelle les invités arriveraient : il fallait qu'ils ne se doutent de rien. C'était là où le bât blessait: elle manquait d'entraînement et risquait d'être coincée par le temps.
Tout était prêt. Et Maya était très décidée à en finir. Le coup fut rapide et efficace. Elle avait choisi le couteau sur les conseils avisés de son boucher - probablement à mille lieues d'imaginer le rôle qu'il jouerait malgré lui.
Il était déjà 11:30. Maya avait perdu du temps en répondant à son voisin venu lui apporter son miel. Contre toute attente, elle lui avait proposé un café. Discrètement, elle avait poussé la porte de la cuisine, l'avait conduit au balcon et s'était empressée de préparer deux tasses.
Les minutes étaient comptées mais dans un éclair de mauvais génie, Maya s'était dit qu'il pourrait témoigner de son calme, ce matin-là.
Au moment prendre congé, sur le pallier, son voisin lui avait fait remarquer une tache de rouge, sur son chemisier qui dépassait du pull noir:
''Bloody Mary!" avait-il plaisanté.
Maya l'avait regardé un moment puis avait affiché un sourire, un peu jaune .
Ce fut le branle-bas de combat dès qu'elle se retrouva seule dans la cuisine. Puis elle se dépêchait, plus elle trouvait à nettoyer. Les joins entre les carrelages, d'improbables gouttelettes ça et là. Sans compter cette odeur si caractéristique. Les chiffons étaient rouges et coloraient l'eau de la bassine dans laquelle elle les jetait après usage. Ses ongles, elle n'y avait pas pensé, étaient rouges sur leurs contours. Elle avait beau frotter les cuticules avec une brosse, la couleur demeurait.
Lorsque les invités arrivèrent, tout était propre. Il ne restait que cette seringue qui lui avait été d'une aide précieuse. Rouge! Maya essaya de l'ouvrir pour la nettoyer, en vain: ses mains glissaient sur le plastique. En forçant un peu...
Et la catastrophe arriva. La seringue se vida d'un coup contre le mur. Du Pollock. Elle prit l'objet et s'en débarrassa en le planquant dans la cocotte minute. Elle passa un coup sur l'œuvre d'art sanguinolante et enleva son pull noir, découvrant un joli chemisier immaculé. Insoupçonnable.
La famille était là. Bonne fête maman. On s'installe dehors, vous serez mieux. Patati patata. Elle les laisse s'installer et remonte dans la cuisine, talonnée par son frère.
- Tu devrais nettoyer le verre gauche de tes lunettes, ça fait désordre.
Se faire avoir sur un si petit détail... À une période où Maya ne touchait pas terre, elle avait promis de ne pas s'occuper du repas toute seule et de faire appel à un traiteur. Elle avait si bien calculé... Jusqu'à la mousse de betterave déposée dans des verrines à la seringue. So chic, so traiteur...
