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Oui. Mais de Lettres.

par Lilou 4 Octobre 2018, 23:08 J'me demandais...

- Tiens, « Jalouse »… D'après un bouquin de Foenki', avec Karin Viard... Ça pourrait être pas mal... Voyons... Ah non! Une "prof de Lettres"! Évidemment. "Elle perd progressivement pied en sombrant dans la spirale infernale de la jalousie". Encore l'histoire d'une dinguerie. 

            Elle éteint l'écran. Maya soulève les épaules, déconfite, et part se réfugier sous la couette. Une épaisse couette en duvet d’oie, chaude à souhait en ce mois d'octobre pour cette frileuse. Sous la couette. Avec Yann. Il sait la combler. Même si ses soirées sont courtes, elle passe des moments passionnés en sa compagnie et finit invariablement par s’endormir sur lui, sourire de satisfaction sur les lèvres. 

            Étonnamment, alors qu’elle a attendu toute la journée avant de le retrouver, son esprit est ailleurs. Son regard est fixe, perdu au loin. À la recherche quelque chose. Soudain, ses sourcils se froncent. Elle a trouvé. La liste est longue!

            Elle se souvient de celui qui l’a fait rêver, Ô capitaine, mon capitaine. Quant aux autres, pas vraiment des passe-muraille. Coluche, maître d’école dépassé, Depardieu maltraité au lycée, Adjani rebelle, Bégaudeau a tout vu/lu/bu, Cameron Diaz en peau de vache, Dominic West en prof de lettres libidineux, Patrick Bruel forcément subversif. Ça fait du monde. 

            Pourquoi diable les auteurs, lorsqu’ils décident que leur héros sera prof de français, en font-ils des dingues ? Pourquoi diable les auteurs, lorsqu’ils décident que leur héros sera dingue, en font-ils des profs de français ?

            Ce dingue pourrait être professeur de… Elle passe mentalement en revue ses collègues. Son choix s’arrête sur Paul. Oui, Paul. Un homme gentil, brillant, bienveillant, sportif, au-dessus de tout soupçon. Professeur de mécanique. Qui tuerait de sang-froid… qui achèverait mécaniquement ses victimes. Maya grimace. À trop chercher l’originalité, on s’égare.

            Pourquoi tant de passion autour du prof de Lettres ? Est-ce l’enseignant suprême ? Celui qui hante encore les nuits d’écoliers torturés devenus scénaristes ? Est-il celui qui détient le grand pouvoir dans l’imagination délirante de farceurs devenus comédiens ? Serait-ce le saint Graal à décrocher pour devenir homme de pouvoir ?

            Maya aimerait faire un appel solennel à ces créateurs en mal d’inspiration. Cessez donc de les coller aux basques ! Voyez leurs collègues de chimie et faites fi des odeurs pestilentielles des solutions qu’ils emmènent avec eux sur leur passage. Attachez-vous aux mathématiciens sans accorder d’importance à leurs regards fuyants, leurs cheveux gras, leurs gros cartables poussiéreux d’où sortent en pagaille équerres, compas, règles et calculatrices. Intéressez-vous aux regards étranges des coaches de sport, dont les corps sains cachent des esprits malsains. Mais, de grâce, de grâce ! Sus à la chasse aux sorcières lettrées !

            L’autre solution serait de choisir un autre corps de métier comme gardien des Enfers et de l’introniser. Solennellement. Maya pense à ce Cerbère des temps modernes: un journaliste, un conducteur de métro, un photographe, un informaticien… Un…

            Et elle s’effondre sur Yann. Gentil, tendre et affectueux Yann. Il n’a pas son pareil pour écrire ses histoires, ce Queffélec...

 

Oui. Mais de Lettres.
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