Sur le bout de la langue.

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Sur le bout de la langue.
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            Voilà plus de dix jours, depuis une conversation passionnante avec Paul sur la Première Guerre mondiale, que ce mot lui échappait. 

            Toute la soirée, Maya l'avait cherché. En vain. Elle s’était couchée, vaguement agacée. Le lendemain, sa déception fut énorme : il aurait dû l'attendre, bien sagement au pied de son lit. Lui faire la fête. Que nenni!

            Les jours suivants, il a pris l'apparence d'un papillon, tourbillonnant autour d’elle et s'éloignant précipitamment dès qu’elle était sur le point de mettre la main dessus. Cela  la mettait de mauvaise humeur…et dans des situations embarrassantes : il lui était arrivé, lors de folles soirées, d’être soudain bien sombre, irritée. Personne ne se l’expliquait et pour cause : qui comprendrait que l’on puisse se torturer l’esprit ainsi pour attraper un mot volage ?

            Puis elle s’est improvisée grand stratège. C'est qu'elle était tenace : il était hors de question d’abdiquer. Pendant des jours, elle a joué la carte de la fourberie, pensant le piéger en feignant le désintérêt total. Oui, elle était passée à autre chose. Mais le chenapan avait repéré la ruse et se tenait aux aguets.

            Ce soir, juste après avoir lu un mot de Paul, elle a goûté à la délivrance. Peut-être était-ce la fatigue, il a eu un instant d'inattention. Une fulgurance. Il est tombé dans ses rets.

            Elle ne s'y attendait plus du tout, lasse d'être constamment sur le qui-vive... Aussi ses doigts gourds ont-ils failli s'entrouvrir. C'en eût été fini!

            Ô joie, ô bonheur de libérer ses neurones sollicités nuit et jour depuis plus d’une semaine! C’était la quille. Oui, ils allaient enfin goûter à un repos bien mérité.

            Cela tombait bien, c’était la fin de semaine.

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