Pour une tasse...

Publié le par Lilou

Camille a une passion pour le noir désarmante: ses vêtements, sa déco, sa voiture et même sa vaiselle. Limite gothique. Il n'empêche qu'elle est la joie de vivre personnifiée: elle rit, elle saute partout, elle bavarde, elle a les yeux grand ouverts sur le monde qui l'entoure, elle bondit, elle propose tout un tas d'idées sympas pour les week end... Où diable va-t-elle chercher toute cette energie? C'est un grand mystère. Ce qu'elle était loin de s'imaginer, c'est que cette couleur lui jouerait des tours un jour...
Ce matin-là, réveillée aux aurores pour accueillir le gars du fioul, elle est allée lancer un café: la factrice, le médecin, la voisine, le plombier, les livreurs divers, tous ont droit à une boisson lorsqu'ils passent chez elle. Ca fait partie, selon elle, des règles les plus élémentaires de la bienséance. Sur la table de la cuisine était posée une tasse, noire, avec un ruban cadeau doré autour de la anse. Elle a souri: son ami a toujours eu de délicates petites attentions pour elle. Il avait dû la déposer avant de partir travailler.

Quand on a sonné à la porte, elle était presque prête: brosse à dents dans la bouche elle chantait et dansait, sur "Seven Nation Army". Vite, elle s'est rincé avec un verre d'eau avant d'ouvrir. La musique était si forte qu'elle a planté le gars du fioul dans l'entrée pour baisser le volume. Depuis le temps, il ne s'en offusque presque plus: cela fait 25 ans qu'il travaille pour la même boîte et quelques années qu'il sert le jeune couple. D'ailleurs , aujourd'hui il forme un petit nouveau qu'il se plaît à impressionner ,à grand renfort de reproches, pour un oui ou pour un non. Le jeune homme, tout juste 18 ans, est très gauche et ces commentaires ne sont pas faits pour l'aider. Camillle lui adresse un sourire plein de compassion, le genre de sourire qui veut dire: ne t'inquiète pas ce n'est qu'un mauvais moment à passer, dans quelques heures tu auras oublié!
-  Quand on salue un client on le regarde droit dans les yeux, bon sang! Qu'est-ce que c'est que ces manières?
Alors qu'ils se dirigeaient vers la citerne, Camille a sorti deux tasses à café, a coupé le ruban de celle de son ami et a ouvert un paquet de petits beurres. Quand les deux hommes sont revenus pour qu'elle signe la facture, elle leur a servi le café, le temps de remplir le chèque. Bien sûr, le gars du fioul, a pris la plus belle tasse, laissant les deux vieux mugs pour son "bizuth" et pour son hôtesse. Il buvait son café, en alternant une gorgée avec un reproche. Contre toute attente, le gamin n'avait plus sa mine affligée: une sorte de malice brillait désormais dans son regard. Camille l'a immédiatement perçue: mieux, il semblait retenir un fou rire! C'était étrange. Le regard de Camille se tourna alors vers le gars du fioul et là, elle aurait voulu se cacher dans un trou de souris. La tasse, au départ noire, venait de se décolorer sur le devant, pour découvrir une Camille, nue comme un ver. C'était donc ce genre de tasse magique qui révèle une photo lorsqu'on la remplit d'eau chaude! D'où le ruban cadeau! La honte. Plus personne n'écoutait le gars du fioul: Camille priait en silence pour qu'il ne tourne pas la tasse vers lui, et le jeune se mordait les lèvres, pour ne pas éclater de rire. Pire: il adressait un sourire plein de compassion, le genre de sourire qui veut dire, ne t'inquiète pas, ce n'est qu'un mauvais moment à passer, dans quelques heures tu auras oublié!
Finalement, le gars du fioul a fini son café et posé la tasse qui a repris sa couleur noire. Contre toute attente,  la situation a fini par faire rire Camille. Le jeune, contaminé, ne put réprimer un formidable fou rire. C'était à n'y rien comprendre: en vingt-cinq années de boîte, le gars du fioul n'avait jamais vu ça. De toute façon, ils avaient encore plein de clients à aller voir, alors...
Une fois la porte d'entrée refermée sur ses visiteurs, Camille est revenue débarasser sa table. Elle y a trouvé, griffonné au dos d'un ticket de caisse, le numéro d'un jeune homme, finalement pas si coincé que cela...
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Publié dans Cas particulier

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A
Les yeux de Camille sont-ils grands? Ouverts? Ou grand ouverts? -)
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L
<br /> Ca va comme ça, t'es contente? Ah, ces profs de français!!!<br /> <br /> <br />
A
"Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite!"<br /> -)
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L
<br /> Ben oui, c'est le principe de la fiction! Quand on écrit, ce n'est toutefois jamais totalement inventé: on se nourri de ce, de ceux qui nous entourent, tels<br /> des prédateurs, et on fait notre sauce...<br /> <br /> <br />
I
J'ai bien ri :D<br /> <br /> quelle idée de la part de ton homme! il aurait du mettre la sienne de photo c'est +stimulant pour toi
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L
<br /> Merci! Alors méfie-toi avant de proposer une tasse à quelqu'un: on ne sait jamais!! Bonne journée...<br /> <br /> <br />