Le jour où Maya prit des vessies pour des lanternes

Publié le par Lilou

Le jour où Maya prit des vessies pour des lanternes
Publicité

Dix-sept heures : Maya part de son travail en prenant soin d'éviter sa collègue bavarde. Elle feint recevoir un appel et lui adresse un clin d'œil tandis que sa bouche lui mime un ''bonne soirée!". Pas sympa mais dans la vie, il faut savoir se montrer égoïste. Parfois.

Une heure et vingt minutes plus tard, quatre-vingt minutes (c'est plus impressionnant), elle se trouve derrière le cul d'un camion. Elle connaît sa plaque d'immatriculation par cœur, ses autocollants 90, 70, 50. Elle a eu tout le loisir de se demander pourquoi il n'y avait pas 80, ni 60 (parce qu'elle ne connaît pas son code de la route). L'autocollant annonçant les angles morts. Et le slogan ''Cool solutions''. Elle a bien envie de lui demander quelle ''solution cool'' sa boîte pourrait lui proposer sachant qu'elle se trémousse depuis plus d'une heure. Ça roule au pas. Maya est perdue dans ses pensées... elle mettrait son frein à main, sortirait faire pipi... La file serait bloquée tout au plus 30 secondes.... Vu la vitesse, ça ne mettrait personne en retard. Quant aux deux ou trois personnes qui pourraient la voir, ma foi...

Trop tard, le rythme s'accélère. Elle aurait dû s'y prendre avant. Maya et ses états d'âme, toute une histoire. 

La déviation l'amène finalement sur une aire d'autoroute. Entre dormir et faire pipi, elle ne sait même plus quoi choisir... Envahie par une pensée anxieuse, elle sort brusquement de sa voiture : et si la dame de service était en train de nettoyer les toilettes des femmes ? Et si les toilettes des femmes étaient hors service ? Et si un bus de touristes venait d'arriver ? Et si, et si, et si ?  

Elle court presque pour se rendre aux toilettes. S'arrête net devant un affreux panneau qui la menace et lui barre le passage : interdit à toute personne étrangère au service. Ce n'est pas là. Les aires d'autoroute pourraient faire l'effort de mettre leurs toilettes au même endroit, on éviterait bien des accidents. 

Le petit panneau au-dessus de l'entrée du lieu d'aisance des filles est facilement repérable, un peu cliché mais un peu amusant aussi. S'ils n'avaient pas été à ça près, ils auraient pu écrire ''pisseuses'' au lieu de ''dames''... Maya entre et tombe nez-à-nez sur un homme - probablement un problème de mise à jour de gps. Et un second : il se lave les mains... Le savon doit manquer chez eux : l'écriteau des ''petites pisseuses'' était sans équivoque ! Il n'y a que deux toilettes et un seul libre. Enfin ! Elle est aux anges (forcément) : 30 secondes de pur bonheur. 

Maya se rhabille en prenant soin de glisser son caraco entre son nombril et son collant - ça évitera les désagréments du piercing qui s'accroche aux mailles. Elle se dépêche car elle entend des voix. Il ne s'agit pas de faire attendre la gent féminine ! Elle ouvre la porte sur un improbable spectacle : des hommes, 4 ou 5, font la queue, les bras croisés. La surprise lui donne une envie terrible de rire, sans doute la fatigue a-t-elle eu raison de ses nerfs. Des hommes assez baraqués, trop baraqués pour des ''pisseuses''. Ils n'ont pas l'air très à l'aise : des éléphants dans un magasin de porcelaine. Mais ??? Elle se dirige vers les lavabos et se retrouve à côté d'un tatoué qui se lave les mains. Elle le regarde avec une curiosité non déguisée. Et lui, semble un peu penaud. 

- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ?

Elle s'interroge à mi-voix tout en vérifiant les écriteaux dames/ messieurs. On serait passé à des toilettes non genrés ? 

- Oh, Madame, on est en train de faire les toilettes des hommes. Vu l'heure, il n'y a plus beaucoup de femmes qui viennent alors on leur a permis...

La dame de service répond à ses interrogations. Maya rit. Elle préfère ça à la perspective de s'être trompée de lieu. Elle les regarde encore une fois, à la queue leu leu devant les toilettes, telle une propriétaire des lieux qui leur ferait un geste plein d'humanité. 

- Et vous baissez la lunette avant de partir, hein?!

(Elle s'est retenue de le dire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article