Erzähl mir eine Geschichte

Publié le par Lilou

Erzähl mir eine Geschichte
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Il est des histoires avec lesquelles Maya a grandi. C'est que sa Mutti aime raconter, de temps en temps, son enfance alsacienne...

Mutti, erzähl mir eine Geschichte.

Après la guerre, la maison familiale ayant été bombardée, Oma allait cuire son pain chez la Sophie. C'était contraignant, pourtant, elle ne s'en plaignait pas : son mari était revenu de la guerre blessé mais en vie. Tout le reste n'était que matériel.

La Sophie n'avait pas eu cette chance : elle avait perdu son mari sur un champ de bataille. Très peu de temps après, ses deux fils firent le tour des maisons du village pour saluer tout le monde. À l'époque, c'était comme cela : quand on partait à la guerre, on disait au revoir. Ils ont très vite rejoint leur Vater.

Dans le village, on se serrait les coudes comme on pouvait et la Sophie s'accrochait à la vie... Elle vivait depuis seule avec leur petite dernière, une fillette de 5 ans environ.

Oma la voyait donc souvent, au moment de cuire le pain. C'était l'occasion de se parler dans un quotidien bien compliqué. Vint le jour où, la fatalité n'ayant pas envie de se faire oublier, la petite tomba malade. Très malade. Elle ferma les yeux et ne les rouvrit plus jamais. 

Lorsqu'elle fut mise en terre, le visage de la Sophie se ferma. Son regard se perdit et sa parole se fit très rare. Si l'on essayait de la soutenir, rien n'y fit : elle partit dans une triste dérive, de plus en plus sourde aux appels de ses amis qui l'appelaient de la berge. 

Oma était triste. On ne pouvait rien faire pour cette pauvre femme qui sombrait doucement mais sûrement dans la folie. Les jours passèrent et les gens s'étaient habitués à voir cette silhouette assise sur le bord d'une marche en pierre, devant chez elle, les bras croisés sous sa poitrine, se balançant doucement en fixant le sol, pleurant dans le silence. Quoi de plus désarmant que des larmes roulant sur les joues dans le silence, comme pour s'excuser pour le dérangement ?

Et vint ce jour où Oma trouva la marche vide. Inquiète, elle entra dans la grosse maison et découvrit un spectacle incroyable : Sophie s'affairait dans la cuisine autour de la préparation du pain. 

Ce qui s'était passé, Oma ne le sut que des années plus tard en allant lui rendre visite,  avec sa petite-fille. Mutti avait alors probablement autour de 5 ans. Les années ont passé mais les souvenirs peuvent ressurgir sans crier gare.

Ce jour-là, la Sophie était assise au bord d'un champ où jouaient des enfants. Elle se rappelle de leurs rires sonores sous la douceur du soleil printanier. Ils couraient, criaient, riaient... Le beau spectacle de la vie. Et puis soudain, son regard fut attiré par une petite fille, assise sur une large pierre. Elle les observait avec un visage triste, si triste que la Sophie s'enquit :

- Pourquoi ne vas-tu pas jouer avec les autres ?

La petite, si petite, leva son visage vers elle. De ses grands ne sortait aucune forme de gaieté et cela lui fendit le cœur :

- Je ne peux pas jouer avec eux. Ma maman pleure tout le temps. Je la vois tous les jours sur la marche, en train de se balancer et cela me rend trop triste.

Quand la Sophie se réveilla, elle n'était plus la même. Elle s'était rendu compte qu'il fallait reprendre le train de la vie. Elle fit rapidement sa toilette et se mit à la préparation de son pain, certaine qu'en l'apercevant ainsi occupée, la petite allait retourner jouer avec les autres enfants.

Mutti, raconte-moi une histoire.

 

 

 

 

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