Place au beau.
Voilà le 5e mois de sevrage et déjà, les faiblesses se font ressentir. Difficile de rompre avec les vieilles habitudes. Maya, qui n'a jamais touché une clope de sa vie, se sent fumeuse. Ex fumeuse. Fumeuse repentie. Ex fumeuse en souffrance. Ex fumeuse qui va craquer.
Nicotine ou caféine : Méphistophélès a tout ce qu'il faut sous son manteau. À ceci près que pour les accros à la cigarette, on a sorti l'artillerie lourde : le repenti fait son chemin de croix avec des patches, des cigarettes électroniques, de la varénicline et du bupropion en dessert. Et un public qui l'applaudit pour l'encourager et chasse le vendeur à la sauvette.
Le caféinomane, c'est une autre histoire. Il est le grand oublié. Il erre çà et là sur la colline du calvaire. Il demande de l'aide. ''À boire, à boire, de grâce !" ''Et quoi d'autre, encore ?" lui répond avec un sourire dénué d'empathie George Clooney.
Il est le repenti honteux que personne n'aide. On l'embrasse le matin avec une haleine de dosette. On lui parle en lui dégueulant une odeur de graines moulues du midi. On le harcèle jusque tard le soir, après le repas avec ''Un p'tit dernier pour la route?" Et un insistant : ''Non? Vraiment?"
La tentation est partout. Il paie ce qu'il a été...
Il fut ce Théophile d'Adana qui a vendu son âme à un percolateur. Ce Raphaël de Valentin qui fit le voeu d'une Senseo, désira une dolce gusto, exigea une Delonghi et ne sut plus s'arrêter.
C'est au Monop' que Maya pense avoir trouvé son salut. En flânant dans les rayons à la recherche de ce qu'il y a dans sa liste de courses restée chez elle, elle tombe devant le Saint Graal : un bocal de café soluble. Décaféiné. De ceux que tout le monde a au fond de sa cave, avec de vieux pinceaux qu'on s'est promis de nettoyer un jour.
Contre toute attente, ce qui lui aurait semblé un aberration au mois de juin, déclenche un sourire sur son visage fatigué.
Elle attend avec impatience ce moment toute la journée. Après un dîner léger, elle chauffe de l'eau dans une casserole, comme le faisait sa tata Josée. Elle met deux cuillères à café dans sa tasse. Se saisit de l'eau frémissante qu'elle se délecte à écouter. Verse lentement l'eau dans la tasse. Du calme. Mieux qu'un marteau piqueur qui heurte ses oreilles - elle réalise combien elle était dans le déni en se réjouissant d'être réveillée par une équipe de BTP tous les matins.
Et la voilà devant le fantôme de sa Tata. Juste devant elle, elle touille, lentement et silencieusement son café. Le bruit de la cuillère tinte délicatement contre les parois... La beauté . Savourer la beauté du moment. Il fallait juste ça pour retrouver un peu de calme.
Le calme du matin. Les marques des manches sur le visage. Le dos en compote. Et la nuque en détresse absolue. Quelques copies chiffonnées...
Le problème, avec le placebo, c'est que ça ne remplace pas un marteau piqueur. Dans l'obscurité de la cuisine brille l'habit gris acier de Lucifer. Pas plus de 3 par jour, avait-on dit
sa vie
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