Maya voit rouge
- Ça s'est bien passé, en voiture ?
- Oh, le p'tit était encore malade et a rendu tout son petit-déjeuner. Il a fallu qu'il s'arrête sur le côté pour que je nettoie tout. Heureusement que je prévois toujours des changes. Et tu aurais vu son père ! Il était furieux ! Tu parles, lui et sa voiture...
Bienvenue dans les années 80. Les belles-sœurs rentrent dans la maison et s'installent dans la cuisine. L'invitée, jolie brune, s'assoit tandis que l'hôte, blonde et sexy, sort les tasses à café, les soucoupes, le sucrier et les cuillères à café. Elle met l'eau à chauffer sur le gaz et s'allume une clope. Elle tire deux ou trois fois dessus. Elle s'approche de la fenêtre, regarde les hommes encore dehors, bras croisés, l'un à côté de l'autre, on dirait deux flics interrogeant une voiture, l'air le plus sérieux du monde. Elle pince les lèvres, se retourne et sort du placard le sacro-saint pot en verre de nescafé lyophilisé.
- Deux ou trois cuillères ?
Maya doit avoir 7 ou 8 ans. Elle joue avec le boxer, Paco qui est tout fou de la retrouver. Son petit frère est parti dans la chambre du cousin qui lui montre sa dernière maquette. Sa grande sœur est avec la cousine d'un an sa cadette : sous le poster de Mickaël Jackson qui domine son lit, elles doivent déjà s'échanger des cassettes et des secrets. Son oncle et sa tante n'ont que deux enfants. Et un chien.
Distraitement, Maya écoute la conversation des grands. Son oncle, d'un ton grave demande :
- Alors, vous êtes passés par où ?
C'était la question rituelle de l'époque anté-gps. Question de mâle. Cruciale. Fallait pas se louper. De la réponse donnée par le conducteur dépendrait tout ce qu'il refléterait à l'avenir. Un pas à côté de la plaque et c'était cuit : on ne laisse pas un homme en tête de meute s'il est incapable de trouver le meilleur chemin. C'était se faire voler sa virilité, son autorité, sa fiabilité. Se faire traîner aux gémonies jusqu'à la fin de ses jours.
(En cours d'écriture)
/image%2F1022877%2F20231101%2Fob_2ed42b_1000020578.jpg)