Maya est dans la place.

Publié le par Lilou

Maya est dans la place.
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Elle sentit le feu lui monter aux joues quand son regard se posa sur elle et lui adressa le plus inattendu des sourires. Stanislas lui-même saluait les fidèles au sortir de Notre-Dame de Bonsecours. Ses yeux bleus intenses, ses lèvres charnues, son menton gourmand, sa stature imposante, sa robe royale couvrant son corps immense et ses boucles tombant sur sa nuque : le duc de Lorraine, roi déchu de Pologne.

Pour chaque fidèle, il avait un bon mot. Il serrait toutes les mains, sans se départir de son sourire qui lui dessinait ses bonnes joues. Il avait remarqué cette petite figure timide restée sur le parvis : Maya l'observait, ravie. Quand le dernier fidèle fut parti, il s'exclama en sa direction :

- Eh bien, je suppose que vous venez voir mon église ! Venez donc, je vous en prie.

Maya en perdit ses moyens. Les mots ne lui vinrent pas pour le saluer. Ce ne fut qu'un effroyable, banal, irrespectueux et ridicule Bonsoir qui parvint à se frayer laborieusement un chemin à travers ses lèvres. Son hôte incroyable n'en eut cure et lui fit signe de le suivre. 

- Je suis au quart Polonaise ! dit-elle pour se présenter, avec un enthousiasme qu'elle admit immédiatement idiot et inopportun.

Contre toute attente, il lui sourit et lui rétorqua plaisamment qu'il fallait être à cent pour cent Polonais pour venir ici. Il était en effet bienveillant. Avec une rapidité que sa corpulence incroyable n'aurait pas permis d'imaginer, il l'entraîna vers le choeur. 

La main potelée de celui qui aimait la bonne chaire lui indiqua :

- Voilà le tombeau de la reine...

Maya parvint péniblement à détacher son regard du géant polonais pour découvrir un magnifique aigle aux ailes déployées. Ici reposait Catherine Opalinska, la mère de la reine de France. Elle se retourna et découvrit, lui faisant face, celui de Stanislas. Une pietà en pleurs reposait aux pieds d'une statue le figurant. Elle offrait l'un de ses seins à un angelot affamé. Il y avait quelque chose de charnel, une volupté troublante qui se dégageait de cette scène - un improbable téton érectile, hommage sans doute au personnage.

Quelle drôle de situation que celle d'être guidée jusqu'au tombeau de Stanislas par Stanislas lui-même ! 

- Alors, vous aimez le Rococo ?

 Maya sursauta. À en juger sa tenue, plus simple, c'était un vicaire qui venait de l'interpeller. Elle ne sut quoi répondre. Stanislas avait disparu et elle se trouvait toute seule, dans le chœur avec l'impression de ne pas y être à sa place.

- Bonsoir, m...

Mon père ? Allons donc ! Une fois encore. Maya se trouva bien en peine de prononcer le mot qui s'imposait.

- Je suppose que ''mon père'' ne vous vient pas spontanément, ce n'est pas grave ! Vous pouvez dire "Monsieur'', si cela vous chante !

Soudain très mal à l'aise d'être surprise seule, dans le chœur, Maya tenta de se justifier encore très maladroitement :

- C'est votre... Collègue qui m'a invitée à entrer dans le chœur. Je ne me serais pas permise de le faire toute seule.

Elle avait bien dit collègue. Maya n'eut pas le temps d'avoir honte car le vicaire la coupa :

- Vous n'avez pas pu le voir ce soir, il était souffrant. Je l'ai remplacé au pied levé pour célébrer l'Office.

Alors le regard de Maya balaya l'église, vide. Il était 19 heures. Stanislas venait de l'amener à son tombeau et s'était ensuite évanoui dans les airs.

Le cognac que lui avait suggéré le serveur du XV pour accompagner le baba au rhum de Stanislas, tout à l'heure, avait peut-être été un peu plus fort que ce qu'elle avait bien voulu admettre.

 

 

 

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