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Comme une lettre à la poste.

par Lilou 3 Novembre 2019, 21:32

Il y a deux semaines, Maya écrivait à son amie Anne lorsqu'une notification la tira de ses pensées. Une notification d'Anne. 

- Je suis précisément en train de t'écrire !

- Ah ? Je n'ai rien reçu. Par WhatsApp ?

- Une lettre ! Une vraie lettre. À l'ancienne. 

Puis elles avaient longuement échangé, s'étaient raconté leurs histoires, leurs lectures, leurs travaux, leurs... Et le moment de dîner pour Maya était vite arrivé, en même temps que l'heure d'aller dormir pour Anne. 

Comme une lettre à la poste.

Ce soir, Maya profite d'un moment de tranquillité pour se remettre à sa missive. Très rapidement, il lui faut se rendre à l'évidence : elle ne sait plus écrire ce genre de texte. Comment diable commencer ? Qu'écrire ? Quelle formule employer ? ''Chère Anne'' semblait soudain désuet. ''Ma très chère Anne''? Un tantinet guindé (au moins autant que ledit tantinet). ''Anne''' fait sentencieux. ''Coucou''...

- Oh, mais c'est carrément pourri, ''coucou'' ! Comment peut-on commencer une lettre avec cette horreur ? Un SMS, pourquoi pas. Une carte postale, passons. Mais... Pas une lettre !

Maya se demande à quand remonte sa dernière lettre, écrite par sa plume. Et la dernière enveloppe précipitamment ou soigneusement décachetée par ses doigts peut-être fébriles. Ses souvenirs sont si lointains mais elle se souvient de l'excitation que cela lui procurait quand on lui annonçait qu'elle avait du courrier. Le bonheur.

Voilà un quart d'heure que Maya réfléchit à la formule d'appel. Si elle avait su que c'était si compliqué ! Elle boit une gorgée de ce qui reste du champagne de ses invités. Ce n'est pas la première fois qu'elle se demande si elle pourrait trouver plus facilement des mots pour une correspondance au gré d'errements éthyliques. Elle regarde les fines bulles dans leur course folle, s'élever dans la flûte et s'évanouir à la surface. Un peu comme ses idées.

Une heure plus tard, peut-être davantage, c'est un café qui tient compagnie à Maya. Au discret pétillement des bulles, elle préfère le bruit de la cuillère dans le fond de sa tasse. Même si elle ne met pas de sucre, ce bruit, elle l'aime. Il l'aide à se concentrer. 

Sa lettre est presqu'achevée. Elle se demande si elle a le droit d'enlever certains mots, recommencer ou... Au risque de dénaturer sa lettre. Elle s'empresse d'écrire les derniers mots. Plie les feuillets - délicat papier japonais. Les glisse dans l'enveloppe.

Et ferme. Ce n'était pas si compliqué, finalement.

 

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