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Décalage horaire oblige, les condamnations à mort aux États-Unis ont souvent lieu au moment où nous nous endormons en France.
Maya s'était promis de ne plus retourner sur cet horrible site qui fait le décompte du temps qui reste à vivre au prochain condamné à mort aux États-Unis.
Certains estiment qu'Ed Zagorski peut s'estimer heureux d'avoir eu un sursis. Ils semblent oublier pourquoi. Le condamné a demandé être exécuté sur une chaise électrique et non par injection létale. Parce que l'injection létale, c'est au moins 20 minutes de souffrance.
Souffrance masquée par une piqûre faite au préalable, qui immobilise les muscles du visage. On ne voit pas la douleur. On a l'impression de voir le condamné s'endormir paisiblement alors que dans son corps c'est le chaos. Petite attention offerte gracieusement par les États pour le confort des spectateurs venus assister à la mise à mort.
Ed Zagorskk avait préféré la chaise électrique : une vingtaine de secondes de douleurs. l'État a accédé à sa demande. Que le spectacle commence.
Hier, Maya écoutait Badinter parler de son combat contre la peine de mort. Hier, un bel hommage était aussi rendu à Victor Hugo. Ça lui avait presque donné envie d'avoir un nouveau confiance en l'être humain.
Maya regarde l'écran. Elle cherche des mots pour écrire sa colère. Pendant ce temps, intransigeante, besogneuse,, la trotteuse fait son œuvre. Entre le moment où elle a vu le compte à rebours et celui où elle a vainement cherché des mots, combien de minutes ? 10? 20? 30? 32?
Des questions frôlent l'esprit de Maya. Il est 1h07. L'exécution a eu lieu à 1h. Elle dure au moins 20 minutes. Elle se demande s'il a succombé plus tôt à ses souffrances. Ou alors s'il est en train de rendre l'âme au moment où elle tape ses mots.
Demain matin, le réveil va être difficile. Demain matin, comme dans le texte de Camus, Maya lira à l'heure du petit-déjeuner, dans un coin du journal que le condamné a "payé sa dette à la société", ou qu'il a "expié", ou que " justice était faite".

