Mercredi 2 mai 2012
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23:50
Menteur !
Voyons, c’est dépassé !
C’est de l’anti-… primaire !
Vous n’êtes pas de bonne foi !
Incompétent !
Démago !
Populiste !
Il esquive !
Il est dans le déni !
S’il passe, on va droit dans le mur !
Il n’a pas de programme !
Quel mépris !
Il est insultant et nerveux !
Il est grand temps que tout cela se termine ! En allant faire un tour sur les réseaux sociaux, Maya a eu l’impression de
se retrouver au beau milieu d’un no-man’s land : insultes, attaques, contre-attaques, tirs nourris, artillerie lourde, rassemblements, cris guerriers, victoires, défaites,… Parfois, aussi,
il y a des cas de fraternisation : un jeune militant UMP drague entre deux arguments une jeune socialo. Qu’importe, à la Libération, ils seront tondus.
Brrr… Ce soir, lasse, Maya a boycotté le débat tant attendu : c’est encore plus stressant que suivre un match de foot à
la radio. Le lancer de pique n’est pas son truc. Et de toute façon, son choix est fait depuis longtemps. Une soirée à bouquiner tranquillement sera bien plus agréable : à la fin, ces
emportements… disons ambidextres semblent communicatifs.
A peine a-t-elle lu une dizaine de pages qu'une sonnerie de son portable indique les premières réactions des réseaux sociaux.
Elle s’en détourne, un temps. Puis craque : elle voudrait bien savoir comment s’en sort son favori, après tout… Et sur quoi portent les premières réactions ? Et bien, à en croire ce que
lui reflète son écran, les priorités des Français sont inquiétantes ! Plus de trois cents tweets évoquent, elle peine à y croire… la cravate des trois hommes du plateau. Trop grande, trop
courte, trop rock and roll, mal nouée, trop originale, … Oh, contre toute attente la guerre des tranchées est toujours de mise. Modeuses ou jeunes militants grossièrement déguisés en
fashionistas, tout le monde défend la cravate de son candidat-qu’est-la-plus-belle… Ce soir, ça parle dress code. Parfois, là aussi, il y a des cas de fraternisation : un jeune socialo
admettra que le nœud de « l’autre » est quand même mieux, tandis qu’une UMP craquera pour l’originalité de « l’autre ». Qu’importe, à la Libération, ils seront pendus. Avec
leur cravate.
Voilà donc, comment Maya, avec un profond soupir, referme son ordinateur, encore plus lasse. Les Français semblent s’être
servis de la politique comme d’un exutoire pour crier une colère qui les ronge. Un peu comme les hooligans qui viennent pour tout casser sans même savoir ce qu’est un hors-jeu. Certes, il y a
aussi des passionnés, mais, comme dans le sport, ce sont des ultras, un peu fanatiques. Carrément fanatiques. Ne cédant rien. Pas d’échanges si ce n’est pour des insultes, des moqueries et autres
gentillesses du même acabit. Mais passionnés: la passion, elle aussi, rend aveugle!
Mmm... Mi-résignée, mi-amusée, elle retourne à ses belles lettres et les laisse à leurs beaux maux…
...serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d'une pure
coïncidence..."