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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 23:37
Et le photographe créa le modèle.

 

            - Mais si, viens ! Tu vas voir, on va s’éclater ! En plus, je nous ai inscrits à un shooting photo fait par des pros.

            David est le plus Nancéien des Parisiens : dès qu’il le peut et si le soleil et au rendez-vous, il vient se mettre au vert en Lorraine. Et il entraîne toujours Maya avec lui dans les plus folles sorties. Seulement voilà : cette soirée privée au palais du Gouverneur, huppée, avec tout le gratin de Nancy, ne l’emballe pas vraiment. Il n’y a que ce shooting photo qui la tente, vaguement.

            Une fois leurs affaires déposées au vestiaire, David entraîne Maya sur la piste de dance. Elle ne résiste pas : elle adore se trémousser avec lui et rit aux éclats. Quelques gorgées de champagne plus tard, la soirée peut commencer.

            Quatre box noirs font office de studio photo. Le maire prend la parole pour braquer logiquement les projecteurs sur lui. Dans le public, ça sourit, ça grince des dents, ça bavarde… Ça conforte Maya dans l’idée de ne s’intéresser à la politique que de loin : chaque manifestation culturelle est gâchée par ces politiques qui tirent la (toute petite) couverture à eux. Le responsable des affaires culturelles de la ville prend à son tour le micro et explique le déroulement de la soirée. Maya écoute distraitement, souriant au serveur qu’elle connaît de longue date mais en peinant à le remettre dans son café.

*   *   *

            - Numéro 16 ! …16… ?

            - Oups, c’est moi !

            Il y a de l’espièglerie dans le regard de cet homme qui va la photographier. Cela l’interpelle immédiatement : Maya aime les joueurs. Presque timidement, elle le suit dans le box. Il remonte la fermeture de ce qui sert d’entrée tout en lui parlant :

            - Bien ! Alors nous sommes ici chez moi, et chez moi, on se tutoie, d’accord ?

           Maya ne lui répond pas, hoche doucement la tête en souriant. Ils sont dans le noir presque complet. Il la prend délicatement par les hanches et la dirige devant l’appareil photo surmonté d’un anneau LED qui l’éblouit.

         - On va attendre un peu que tu t’y habitues parce qu’au début, c’est vrai que c’est aveuglant.

           Elle peine à l’entendre tant la musique est forte. Elle essaie de regarder devant elle : la lumière est effectivement insoutenable. Machinalement, elle remet en place quelques cheveux dans sa nuque, ses pattes… Tout cela est inutile puisqu’elle sort du coiffeur. Elle sourit soudain en pensant à ce qu’elle est en train de faire. Elle penche la tête sur le côté, passe sa main dans le cou et ferme les yeux, lasse. Il met du temps à se mettre au travail ! Elle tripote sa boucle d’oreille, baisse les yeux vers un très fin rai de lumière qui passe sous la toile.

           Sans qu’elle ne s’en rende compte, elle a cessé d’entendre la musique. Une ambiance de boudoir s’est installée, cosy, complice. Maya est debout dans le noir, devant cette lumière aveuglante qu’elle ne parvient désormais à éviter. Elle est éblouie, comme hypnotisée par le halo. Elle passe sa main derrière la nuque pour s’étirer, lascive malgré elle :

            - Super, continue… penche encore ta tête doucement sur le côté… Voilà… Mets ta main dans les cheveux, juste derrière ton oreille... Oui... Glisse-la doucement dans le cou...

         Maya reprend soudain ses esprits : elle n’a pas entendu le bruit de l’ouverture du diaphragme - les cliquetis de l’appareil auraient dû lui indiquer que des poses étudiées étaient requises. Son naturel semble s’évanouir mais le photographe est bien décidé à la travailler au corps :

            - C’est bien… Tu poses souvent ?

            La question la fait légèrement rougir. Elle pense aux photos qu’elle a faites, il y a quelques jours – des clichés pour lesquels elle a pris avec beaucoup de plaisir. Comme pour retenir un sourire impudique, elle se mord la lèvre inférieure.

            - Oui, c’est bien là. Continue à te mordre la lèvre.

        À croire que la volupté la domine quoi qu’elle fasse. Cette intimité, aussi soudaine qu’imprévisible, est pour le moins troublante. Mais très vite, la lumière hypnotique, le bruit des cliquetis et les mots de ce Nicéphore ont raison de la retenue de Maya. Le temps s'arrête.

            - Bien ! Ça te dit si on fait un peu de vidéo ?

            

Published by Lilou - dans Expérience
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