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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 16:46

            La nature humaine réserve décidément bien des surprises, Maya allait (encore) le constater…

            Ils se sont donnés rendez-vous vers midi et demie à Reims. Jo, sur place depuis quelques jours, a eu le temps de trouver un restaurant sympa. Une première pour elle que de déjeuner avec un vegan. Maya a décidé que c’est un sacrifice que de se priver de viande au nom d’une idéologie, que ça a quelque chose de vaguement généreux, l’idée de sauver la planète, de lutter contre les excès, la COP21, les Avengers, etc… Des choses confusément positives.

            Contretemps oblige (si, si) Maya est en retard. Elle regarde l’heure, puis celle indiquée par le GPS : elle arrivera à 13 :15, disons 30 avec le parking. Elle réfléchit un temps et se décide à appeler Jo : il pourrait déjeuner avant. Tant pis, elle trouvera quelque chose à emporter dans quelque boulangerie.

(Avertissement :

les femmes comprendront son raisonnement,

les hommes, probablement un peu moins)

            Évidemment, Maya propose cela par courtoisie. Elle ne compte pas se taper deux heures de route pour manger un truc sur le pouce. La suggestion de Maya n’est qu’une première mise à l’épreuve, un premier test de bienséance. Des choses que les femmes font naturellement, sans s’en rendre compte, pour établir un premier diagnostic.

            Jo ayant accepté de ne pas l'attendre pour déjeuner avec empressement, les voilà qui déambulent dans les rues de Reims à la recherche d’un petit quelque chose à emporter pour Maya, ravie. Une friterie belge. Elle lui explique qu’elles sont cuites deux fois, et que le secret réside dans l’usage de la graisse de bœuf. Pas très vegan-compatible. Au moment de régler sa commande, Maya lui demande s’il veut quelque chose. Il n’a plus faim.

            Le soleil est au rendez-vous : il fait suffisamment chaud pour se balader et découvrir la ville. Maya et Jo se promènent, échangent avec enthousiasme et picorent les frites-graisse-de-bœuf. Jo, qui marche à sa droite, lui propose de tenir le cornet. Il le prend. De la main droite. Et se bâfre gaiement tout en discutant. Maya est obligée de tendre son bras pour espérer atteindre une frite sur les cinq qu’il aura le temps de dévorer. Ça finit par lui couper l’envie. Elle décide de passer du cornet de frites au cornet de glace et l’entraîne chez un glacier devant lequel les gens font la queue.

            Il est peut-être simplement gourmand. Cela ne l’interdit pas d’être un homme fréquentable. Voyons cela…

            Dans la queue, une petite femme nerveuse, bruyante et aux manières désarmantes essaient de passer devant eux pour être servie plus vite. Elle fait un pas en arrière et bouscule Maya. S’excuse. Elle poursuit sa manœuvre pour gruger et cette fois donne un coup de pied maladroit tout en réitérant ses excuses en pressant fortement le bras de Maya. Excédée par son manège, elle préfère s’en aller et le signifie à Jo. Un C’est ça, casse-toi connasse aurait pu au moins le faire sourciller. Ben non. Rien. Courage, fuyons.

            Si les doutes étaient permis au début de la journée, en milieu d’après-midi, les choses sont limpides. Les trésors qu’offre la ville ne suffisent pas à cacher l’effroyable vérité : c’est le pire goujat que la terre ait connu. Lorsque Jo propose d’aller boire un verre vers quatre heures, il se réfugie soudain dans une bulle au moment où le serveur tend la note. Autiste. Puis il joue avec les pièces qu’elle a laissées pour le pourboire. Et les met dans sa poche au moment de partir. Maya ne parvient même pas à articuler quelque chose.

            Le soir, sur sa chaise (il a évidemment sauté sur la banquette) Maya ne peut s’empêcher de sourire en se remémorant l’extinction de voix soudaine de Jo lorsqu’il s’est agi de choisir un restaurant (vegan) :

Allez, on prend celui-là ! Je t’in !

 

            Je t’in ? Le dictionnaire propose la définition suivante : Interjection indiquant une volonté de faire comme si…Mais ne vous y trompez pas. Fuyez, Madame.

            Fièrement, Jo commande du champagne. Les bulles ont un pouvoir fantastique sur Maya. Elle parvient à oublier la goujaterie le temps du dîner, trop curieuse de découvrir l’univers végétarien. Elle a soudain l’impression de se transformer en une poule (C’est faux, lui dirait sa mère, une poule, tu lui donnes de la viande, elle la mange). Une poule aussi confortablement assise que sur un mur, qui picore du pain dur. Picoti, picota. À chaque bouchée, elle boit un verre d’eau. Bruschetta façon biscotte oubliée trois mois au fond d’un placard, oignons farcis (à… ?) et graines de millet (coooooooooot), brownie à la cacahuète-sans glace, crème, chantilly ou autre coulis. Gosier sec.

              - Pourrais-je avoir une autre carafe d’eau, s’il vous plaît ?

            28 euros par personne. Maya s’éclipse pour se laver les mains. Il l’attend sagement devant la porte des toilettes lorsqu’elle sort. Sur le comptoir, il dépose avec un sourire convaincu trente euros que Maya n’aura qu’à compléter.

            Inutile de préciser qu’il ne l’a pas raccompagnée à sa voiture…

 

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Published by Lilou - dans Expérience
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