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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 00:59
    Que celui ou celle qui ne s'est jamais retrouvé l'invité(e) d'une soirée à laquelle il/elle avait promis de ne venir pour rien au monde me jette la première pierre!
    En parlant de l'impossibilité de mener de front une vie de couple, de famille, un boulot, une vie sociale et culturelle satisfaisante, Emma m'a opposé la fameuse phrase magique: "quand on veut, on peut". Je lui ai alors suggéré de me trouver un modèle qui viendrait illustrer son idée.
    Voilà comment je me suis retrouvée invitée chez ce couple,  l'archétype de la jeunesse bourgeoise provinciale: quadras (sans ride), cadres dynamiques (dopés à l'actimel), mariés (pour le meilleur), trois enfants (magnifiques), un chien (qui ne sent pas), une maison (gigantesque et propre).  Directement sortis de l'usine Matel. Trop beau pour être vrai, ai-je soufflé à mon amie, lorsque Monsieur (Oh, je vous en prie, appelez-moi Alexandre) s'est gallamment offert de prendre nos manteaux.
    Tout, dans cette maison, semble dire: nous sommes géniaux, croyez-le! C'est à vous filer des complexes.
    Les petits, déjà, sont d'une politesse effrayante: même le dernier s'est avancé d'un pas direct pour nous embrasser en nous regardant droit dans les yeux. Pas normal: à trois ans, un bambin, ça rechigne toujours un peu devant des inconnus. Ben pas le leur: on aurait dit qu'il était en pleine campagne électorale, avec tous ses sourires improbables.
    Sur une table basse du gigantesque du séjour étaient posées, en éventail, une dizaine de revues de déco. Certes, Madame travaille mais cela n'empêche qu'elle est également une parfaite femme d'intérieur.  
    Même en cherchant la petite bête, rien ne manque: manucure parfaite, coiffure, style vestimentaire, maquillage... rien n'est laissé au hasard. A vous filer des complexes, vous dis-je.
    On nous sert un apéro sans cacahuètes, ni chipster, ni tomates cerise... Que du high tech, rien de lourd: de savoureuses douceurs, juste ce qu'il faut pour vous mettre en appétit. Ils ont même choisi une musique ambiance jazzy, discète mais agréable.
    J'avoue être tellement à la recherche du détail qui va les trahir (il doit bien y avoir une faille quelque part, la perfection n'existe pas) que la conversation m'échappe. La bibliothèque est bien fournie: sur une étagère repose la totalité de l'oeuvre de Zola. Pas en Poche, évidemment: reliure en cuire rouge, lettres dorées, feuilles extrêmement fines... Sans doute un cadeau de communion. Jamais lus. C'est le rayon best seller de la fnac: Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis... ils y sont tous. Voilà la faille: à moins de se doper à je ne sais quoi, ils ne peuvent pas bosser toute la semaine, éduquer les enfants à la perfection, décorer leur maison, recevoir et trouver en plus le temps de lire.

    Une brève mais riche conversation sur le dernier Rahimi m'a rapidement fait revoir ma copie. Mais... quand diable trouvent-ils le temps de dormir, ces gens-là? Jalouse? Comment ne pas l'être?! Ils sont même... gentils!!
    Un regard moqueur de mon amie m'a décidée à renoncer à mes a priori: ils ne sont, après tout, peut-être pas si artificiels que cela. Et c'est là qu'est arrivé l'impensable, en me penchant contre l'appuie-tête :

un joli et inattendu grain de sable qui allait dérégler toute la belle mécanique de Matel. Kandinsky est venu à mon secours. Car ce n'est pas dans cette position que je l'ai découvert... dans le mauvais sens. Pour être honnête, ce peintre ne m'évoquait jusqu'alors rien - d'ailleurs, j'ignorais qu'il s'agissait d'une de ses toiles.
    - Tiens c'est curieux, dans ce sens, on dirait un phare! 
   La remarque, venue comme un cheveu sur la soupe,  a fait tourner tous les regards vers le tableau, puis vers moi, puis vers le tableau. Et les têtes se sont penchées. Consternation. 
    J'avoue qu'à ce moment précis, j'ai jubilé, triomphante: ma thèse  n'était pas si éloignée de la vérité.
    - Effectivement, ça nous donne une autre lecture du tableau, de cette manière, a tenté de relativiser Alexandre
    - Mais non, voyons, c'est un Kandinsky, je connais très bien ce peintre. J'ai lu plusieurs livres à son sujet! a coupé, catégorique (et rouge), Wonderwoman.
    Par politesse, personne n'a rien trouvé à redire et la conversation a repris. Un imperceptible sourire de bonne humeur a dû animer mon visage toute la soirée. Je n'avais qu'une hâte - désir partagé par tous les invités, à en juger les fréquents regards sur la toile - c'était de rentrer chez moi et de taper Kandinsky dans google...
    Quand je vous dis que la perfection n'existe pas. Ca, ça vous décomplexe.

 
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Published by Lilou - dans Expérience
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