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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 00:10

Pourtant… En dépit des apparences, la vie est loin d’être triste dans notre principauté. Quelques bonnes volontés ont choisi de ne pas se laisser gagner par la morosité ambiante : il est des fois où un bon éclat de rire est nettement plus efficace que de longues et interminables lamentations. Dany est une femme moderne et comblée, travaillant dans un lycée vieillot à l’abandon. Dans cette jungle où l’anarchie est reine, elle est la plus stricte, la plus exigeante mais aussi – et ça, peu de gens le savent – la plus extravagante des professeurs du lycée. Elle arrive, tôt le matin, pour préparer sa salle, ses photocopies, son matériel : tout doit être parfait pour exiger autant de ses jeunes. Dans la cour du Roi Pétaud, elle fait office de curiosité… Avant l’arrivée du personnel, elle prend un café en compagnie de Lilou, une surveillante a priori sérieuse, une pionne sévère qui cherche toujours à s’embrouiller avec les élèves, selon certaines têtes brûlées en culottes courtes. C’est l’enseignement du français qui nous a réunies : elle est la prof attitrée des internes qui forment un Pôle Espoir de handball, jeunes hommes auxquels j’ai moi-même affaire lors du soutien de français que m’a confié M. Georges, leur entraîneur depuis déjà trois ans.

 

Hormis quelques initiés, personne ne peut s’imaginer que cette apparente froideur cache deux femmes des plus délurées qui soient. Traditionnellement, dans un lycée, on ne mélange pas les torchons (non titulaires) et les serviettes (titulaires), aussi notre complicité n’est-elle pas encore tout à fait officielle. Qui pourrait comprendre qu’une enseignante puisse se lier d’amitié avec une pionne ? Le surveillant représente la frontière invisible à ne pas franchir, entre le monde des profs et celui des élèves. Aller au-delà de cette limite, c’est risquer de chambouler tout le système qui se veut imperméable et privilégier le principe des vases communicants. Communiquer avec ces jeunes ? Vous n’y pensez pas !

 

Parmi la masse considérable des élèves de Charles Baudelaire se trouvent huit jeunes handballeurs que tout devrait opposer à ces deux femmes, au premier abord si peu avenantes. Toutefois, une relation, aussi improbable que complice, les unis : les hasards de la vie... Comment diable les décrire?

François Sée et Corentin Balder sont dans la même section : binômes jusqu’à l’avertissement de travail que leur a infligé le dernier conseil de classe… Que voulez-vous, la balle, c’est leur petite princesse ! Et Dieu sait s’ils s’en occupent… François est particulièrement fier de ses ancêtres vosgiens ; il estime d’ailleurs que les Vosges ne sont pas françaises mais constituent un pays à part entière. On dit les Vosgiens froids et distants… il serait alors une belle exception : François est un (jeune) homme à femmes (mûres). Corentin, lui, est définitivement étranger aux origines qu’on lui prête : son teint pâle, ses yeux bleu clair, ses cheveux blonds aux légers reflets roux, son mètre quatre-vingt-huit font de lui l’Anglais du groupe, le British. Il est à noter que la tenue de sa chambre offre un contraste saisissant avec le raffinement légendaire de nos amis d’outre-Manche…

Cédric Bertrand et Edwin Autun sont deux autres binômes que tout oppose. Le premier, très grand et fort comme un roc, a de quoi impressionner. Il est en réalité un adorable ourson – qu’il ne faut toutefois pas chercher. Le second, malgré sa silhouette athlétique, paraît évidemment plus frêle à côté de son compagnon. Une chose les unis pourtant : ils excellent dans l’art des (joyeux) coups fourrés.

Nos quatre amis sont scolarisés chez Baudelaire, à la différence de leurs chanceux camarades qui étudient à Zola, un lycée à deux pas, qui a l’intéressante particularité d’être mixte. Cela occasionne nombre de lamentations chez les nôtres :

- Pfff, j’en ai marre de ce lycée : il n’y a pas une fille à se mettre sous la dent ici, râle souvent François, qui ne semble pourtant pas en reste, lorsque j’entends les comptes-rendus de ses week-ends.

 - Y’en a une dans ma classe : une vraie bûcheronne ! Si j’avais su, j’aurais choisi une autre filière, poursuit Edwin qui aurait pu imaginer que la chaudronnerie n’est pas tout ce qu’il y a de plus attrayant pour une demoiselle…

- Y’a bien quelques nanas en seconde mais ce sont de vrais mecs ! confirme Corentin.

- Mieux vaut peu que rien, fais-je sagement remarquer, jamais à court de dictons.

 

Et que font-ils de Carine, Mathilde, Béatrice, Pauline, Ana et moi-même ? Dois-je rappeler à ces messieurs que Baudelaire compte, parmi son personnel, six surveillantes des plus charmantes qui soient ? C’est marrant, à les entendre, j’ai l’impression de faire partie des murs… Etre traitée avec si peu d’égard est carrément vexant : je suis une fille et je ne suis ni une bûcheronne, ni une hommasse ! Hé, ho ! ! ! Bref, passons à nos quatre autres amis privilégiés de Zola…

Le premier était jadis sérieux et terriblement travailleur… jusqu’à ce qu’il mette les pieds sur un terrain de handball. Joyeux luron, Robin Roggi parvient à mener de front ses études en économie et son économie des études : à l’instar de ses camarades, le hand, passe avant tout.

La joie incarnée, c’est Salim Mansoura. Pour reprendre les termes de Dany, il est pétillant. Salim, c’est l’Etoile Polaire, l’étoile la plus brillante (et, il faut l’avouer, la plus bruyante) de la constellation de la Petite Ourse. Depuis son arrivée au lycée, il est persuadé que nous allons nous marier et ne se prive pas de rabrouer tout jeune mâle se montrant un peu trop familier avec sa future femme…

Malin comme un singe, Sohan Akhenak est en prime le comique de la troupe : voilà un boute-en-train comme on n’en fait plus. Affectueusement, je le surnomme mon Petit Canard – l’origine de ce sobriquet demeure un grand mystère, sans doute une fantaisie... J’admire son sang froid lorsque, oubliant que nous sommes en public, je l’appelle spontanément ainsi !

Enfin, pour assurer la bonne cohésion de ce cercle, il faut quelqu’un qui ait de l’esprit. Si les autres ne sont pas en reste, Kamarade Vacei Wisniev, lui, ne manque pas d’à-propos. Une intelligence hors norme, une ironie désarmante et un sens de la critique aigu font de lui l’intelligentsia polaire.

 

Voilà donc les huit joueurs de handball de deuxième année que nous avons rapidement adoptés. Leur choix d’intégrer un Pôle Espoir, de faire des entraînements réguliers leur impose d’être internes. Notre choix de bosser sur de nombreux projets, de discuter fréquemment devant un café pour refaire le monde, devrait imposer à nos proches de nous interner... Diversement, tous les Dix, nous occupons Baudelaire : dans les couloirs, les salles, les cours, matins, midis et soirs, nous avons pris l’habitude de nous croiser, d’échanger des regards, peu à peu complices, qui se sont transformés en sourires de connivence. Petit à petit, cette promiscuité nous a rapprochés, jusqu’à ce que nous formions un îlot de résistance dans le petit monde de Baudelaire, rongé par la décadence. Cette entente reste pourtant tacite : pareille amitié, personne ne doit en avoir vent. C’est bien mieux ainsi : ça en ajoute à sa valeur et ça évite les médisances. Notre cercle, pour le coup polaire, glane une diversité d’informations qui nous donnent une vue panoramique sur le lycée fort intéressante…

 

          Si Dany sait se montrer mordante à l’égard de ses pairs, elle reste très drôle avec nous, ce qui tranche avec son apparence glaciale. Aussi a-t-il fallu un temps d’adaptation certain avant que le groupe ne se sente vraiment à l’aise avec elle ! Ce vendredi, elle part en congé de maternité. Le Cercle est loin de s’en réjouir : un membre illustre s’en va. Bientôt, elle nous appellera pour prendre des nouvelles, et nous, nous devrons nous efforcer de répondre à notre marquise, avec conviction, que tout va très bien, tout va très bien.

 

          Mais il faut, il faut que l’on te dise…

 

 

 

 

 

 

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Published by Lilou - dans Expérience
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