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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 09:10
  • Attends, je te l’offre !
  • Qu’est-ce qu’il te prend ?

 

            Maya vient de glisser une pièce dans la fente de la machine à café et appuie sur le détestable « court sucré » (caramel, en somme) de Bowolski. Elle s’enquiert :

 

  • Tu vas bien ?

 

            Bowolski est le personnage le plus méprisable, le plus méprisé de l’établissement. Il est brillant, très brillant, et ne souffre de parler à n’importe qui. Les femmes pour commencer : il ne parle qu’à une enseignante, agrégée et conjointe d’un écrivain. Elle est la seule qu’il daigne embrasser. Aux autres, les nouvelles innocentes des rentrées scolaires qui tentent d’envahir son espace vital, il tend ostensiblement une main que son regard glacial leur intime de saisir.

 

  • J’ai pris des croissants dans la boulangerie de mon village comme je suis tombée du lit ce matin. Sers-toi ! Tu arrives toujours aussi tôt ? Tu m’épates : tu es motivé!

 

            Détestable en tout point, cet homme. Bowolski, désormais installé pour travailler, lui jette un regard, excédé. Il n’aime pas bavarder. Il règne toujours, selon ses derniers propos, une chienlit exaspérante en salle des profs. Tous ceux qui ont essayé de le remballer se sont cassé les dents : il a une telle verve, une telle assurance ! À moins de se foutre éperdument de sa dignité, il est vivement conseillé d’éviter de croiser le fer avec lui.

 

  • Oups, excuse-moi, je te laisse lire. Tu as raison, d’ailleurs : je vais m’y mettre aussi !

 

            Bowolski ne lui répond pas mais bout. Il ne touche pas au gobelet que Maya a posé devant lui. Son visage est fermé. Il regarde un instant le café, serre ses mâchoires en signe d’agacement et se lève. Il rassemble ses affaires sans mot dire et sort. Maya le déteste encore plus que ce matin.

 

* * *

 

                 Quelques heures plus tôt…

 

            Maya trépigne d’impatience : après l’enterrement de Bowolski, sa boîte engagera un nouveau prof de philosophie. Pour une bonne nouvelle ! Elle s’évertue à cacher son impatience, prend un air grave devant ses étudiants, contribue à aux hypocrites éloges funèbres de ses collègues mais partage le soulagement visible de l’administration. Elle sort pendant la pause : fichtre quelle chaleur, pour un hiver !

           

                 C’est une joie d’une rare indécence qu’elle éprouve beaucoup de mal à contenir. Maya n’éprouve aucune honte à se réjouir du décès de Bowolski. Elle se sert gaiement un café en salle des profs, se rattrape in extremis devant les collègues en contribuant de bon cœur à leurs jérémiades. Elle ouvre la fenêtre pour aérer un peu, il fait si chaud ici. Et sous le regard médusé de ses collègues, elle vide le casier du défunt.

 

                 Son voisin, à son habitude, appuie plusieurs fois sur l’accélérateur de sa vieille voiture avant de démarrer. À croire qu’il tient absolument à réveiller le quartier en leur signifiant qu’il commence à cinq heures, lui.

 

                 Un mauvais rêve. Elle est en nage, groggy et soudain envahie par une honte terrible. 

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Published by Lilou - dans Expérience
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