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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 14:15

ecole.jpg

 

Lycée Charles Baudelaire,

Pont-L’Evêque.

 

 

 

Allez trouver une once d’ironie dans ce qui suit…

Jamais, je n’aurais pu imaginer dire ça un jour. C’est de la haute trahison envers le personnel qui a souffert de ses terribles assauts pendant des années. C’est nier le stress que ses apparitions imprévisibles occasionnaient. Pire, c’est encenser celle dont le départ nous a tous réjouis comme jamais. Ce tyran en jupon a dirigé l’établissement d’une main de fer dans un gant de crin. Carriériste à outrance, elle entendait être le seul maître à bord : ce lycée, c’était son royaume. Régulièrement, elle affirmait son pouvoir en faisant des exemples : tout nouveau venu s’attirait ses foudres au premier semblant de faux pas. Ca arrivait comme un orage d’été, brutalement : une convocation chez celle qui est vite devenue la Reine Mère était toujours de mauvais augure. Celui qui découvrait la terrible invitation dans son casier recevait immédiatement de ses collègues de longs regards, chargés de compassion.

 

Comme dans toute guerre, il y a les bons, les méchants, les résistants, les traîtres, les coupables et les victimes. Pour asseoir son autorité, la Reine Mère accordait une place privilégiée à la délation : faisant régner une épouvantable paranoïa, elle était assurée que la résistance peinerait à s’organiser. J’avais découvert, avec une acuité certaine, de quelle perfidie elle était capable :

- Je souhaite que vous ne demandiez pas votre maintien au sein de notre établissement à la rentrée prochaine.

Un collègue éconduit, et donc terriblement blessé dans son orgueil, s’était laissé séduire par ce jeu pervers. Ce parfait écervelé m’avait prêté une aventure avec un élève, d’un an mon cadet. Fidèle à son habitude, elle avait dit cela d’un ton ferme mais calme : sa voix, que nous avions toujours connue éraillée, ne l’autorisait pas à dépasser un certain seuil de décibels. Bizarrement, cela participait de son personnage imposant, voire charismatique. Pendant trois jours infernaux, j’ai goûté aux rituels obsédants de ce tyran vicieux, conviée une ou deux fois dans la journée à son bureau pour subir d’interminables séances de torture psychologique. Lasse, j’ai dû rapidement prouver mon innocence, mais il a fallu trouver une victime expiatoire à l’ogre. L’élève concerné, mon prétendu Roméo, fortement inspiré par ce climat délétère, s’en est chargé. Il faut dire que des fautes professionnelles de mon collègue, il en avait plein sa musette…

 

Pendant quatre longues années, du plus ancien au plus innocent, nous frémissions tous en entendant ses pas résonner dans les couloirs, désertés à la hâte. Sa démarche était lente mais assurée : crânement, elle claquait ses talons, comme pour prévenir de son humeur belliqueuse. Quand j’y pense aujourd’hui, j’en souris : ce petit bout de bonne femme, à l’accent régional si prononcé, s’était enveloppé d’une aura mystérieuse qui parvenait à mettre tout le monde tellement mal à l’aise ! Ce don relevait assurément de l’occulte. Elle ressemblait à un chat sauvage, sournois, se mouvant calmement vers sa proie, prêt à surprendre d’un coup de griffe, aussi efficace que fatal. En sa présence, on se sentait obligé d’avaler rapidement son café bouillant, d’écraser sa clope tout juste allumée et de se s’activer. Et en silence.

 

Comme dans toute capitulation, on aimerait voir les bons libérés, les méchants emprisonnés, les résistants encensés, les traîtres dénoncés, les coupables jugés et les victimes soulagées. Pourtant… Bien que décriée dans le plus grand secret, la Reine Mère avait brillé de mille feux jusqu’à la Libération. Ayant fait tourner le lycée à merveille, elle avait décroché une magnifique promotion : un poste dans un établissement d’enseignement général, l’un des plus cotés de la région, s’il vous plaît. Poussant l’audace jusqu’au bout, elle s’était offert le luxe de s’imposer au pot de départ de fin d’année, comme la tête d’affiche. Elle avait évincé, sans difficulté, les plus anciens qui partaient en retraite, écrasé les jeunots tellement appréciés, qui subissaient le jeu des mutations et dédaigné les jeunes mamans de l’année, venues présenter fièrement leur marmaille. Pour sa dernière apparition sur scène, elle avait braqué les projecteurs sur elle, laissant tout ce beau monde dans la pénombre. Et là, ce fut la cerise sur la pièce montée. Que d’hommages reçus ! Les orateurs les plus prestigieux l’avaient portée aux nues, faisant fi du passé. Une montagne de cadeaux, sa montagne, dominait largement quelques babioles destinées aux autres. Même ce pingre d’intendant avait permis pour l’occasion que le champagne coulât à flots. Vu de l’extérieur, le journaliste, convié pour la circonstance, ne pouvait qu’aller dans son sens : c’était la Reine Mère. Par cette chaleur, on avait ouvert les fenêtres de la salle de réception. Au foyer des élèves, refuge de circonstance, je souriais en buvant le champagne, délicatement détourné par un cuisinier stagiaire. Ces béni-oui-oui avaient poussé la farce jusqu’au plagiat :

 

Adieu Madame la Proviseur,

On ne vous oubliera jamais.

 

Cela ressemblait à s’y méprendre au syndrome de Stockholm…

 

Aujourd’hui, la Reine Mère s’est barrée. Elle nous a laissé sur les bras le Prince consort, M. Pantin : comme dans toute monarchie qui se respecte, il ne sert à rien. Nous n’avons pas eu besoin de l’observer longuement pour établir notre diagnostic : il porte merveilleusement bien son nom. Du sur mesure. Il gesticule dans tous les sens pour donner l’impression de faire quelque chose. Ca a un effet trompe-l’œil les premières secondes, mais ça ne dure pas très longtemps. C’est un pantin, désarticulé, qu’on a nommé ici parce que c’est à la hauteur de ses ambitions : le popotin des nombreux jupons qui l’entourent à l’administration, mais également à la Vie Scolaire. Autant dire que ce qu’il inspire à la gent féminine est en total décalage avec ce à quoi il prétend. Sa notoriété est telle qu’il n’est pas rare de tomber sur des élèves qui ignorent sa fonction au sein du lycée, aussi l’entendons-nous régulièrement se fâcher tout rouge et s’exclamer :

- Dites donc, savez-vous qui je suis ?

 

Hélas, pour notre grand malheur, les mutations ne se font pas si facilement… Ce sont désormais de petits pas rapides qui essayent de se frayer un chemin dans les couloirs encombrés du lycée. Des petits pas insignifiants, auxquels personne ne prend garde. Des petits pas pressés, tellement pressés de partir, qu’ils bâclent le travail avant de s’adonner corps et âme au batifolage. Des petits pas qui font glousser, railler, rire. Des petits pas qui dirigent le bateau… droit sur un magnifique iceberg. Nous n’avions pas besoin de ce « don » du Ciel : même avec une météo clémente, notre établissement, n’a jamais eu la réputation d’être insubmersible… Nombre de sections, qui ont fait les beaux jours de Baudelaire, pâtissent de ce chaos naissant et finissent par fermer. D’honorables professeurs lorgnent un canot de sauvetage – les rats quittent le navire : tant pis pour les autres, c’est chacun pour soi. Quand on est dans la mouise, on a toujours cette fâcheuse tendance à croire que c’était mieux avant… Notre Pantin est loin de se douter qu’avec son incompétence, il participe grandement à la consécration de la Reine Mère. …consécration à laquelle j’adhère désormais, de manière éhontée !

 

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Published by Lilou - dans Expérience
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commentaires

Ludo 25/08/2010 20:33



j'suis sûr que l'éduc' est plus mystérieuse qu'on le pense! des détails croustillants?



Lilou 25/08/2010 22:19



Des détails croustillants, je pense qu'il y en a dans toute boîte employant au moins une dizaine de personnes. Et c'est valable pour tous les domaines, même ceux qui se pensent les plus
respectables!



Nico 25/08/2010 20:32



Dites, 7 reine mère, kel personnage!



Lilou 25/08/2010 22:24



Et surtout un personnage REEL!






crazyprof 25/08/2010 19:24



Je crois avoir pratiqué sa soeur... qui en plus est partie en s'en mettantplein les poches...


Biz V.



Lilou 25/08/2010 22:25



Eh oui: c'est partout pareil! Ah, l'education nationale!!!



max & lola 25/08/2010 18:23



On va tout savoir sur tout?



Lilou 25/08/2010 22:23



Oh, non! Je n'ai pas cette prétention!



La bonne Fée 25/08/2010 18:11



C'est le début d'une histoire?



Lilou 25/08/2010 18:16



Oui, une longue histoire, VRAIE, dont seuls les noms propres ont été changés...



Denise 25/08/2010 16:51



Mmmm...ça sent la rentrée!



Lilou 25/08/2010 16:52



Plus que jamais! Allez, en rang, on y va, courage!!!



zerka 02/06/2010 22:07



le lycée, c loin, mais j'y referais bien un ptit tour



Lilou 02/06/2010 22:08



Vos désirs sont des ordres!



Lisa 02/06/2010 22:00



alors... il y a une suite?



Lilou 02/06/2010 22:02



Oui, elle arrive! Place à nos héros...



bougreto 02/06/2010 18:11



pas mal du tout!



Lilou 02/06/2010 21:58



... et largement inspiré d'une histoire vraie!



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